Le m club, p.41

Le M Club, page 41

 

Le M Club
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  Oh oui, il la conçoit… Il la conçoit très bien !

  Le suicide lui est passé par l’esprit, idée si peu naturelle chez lui qu’il en a ressenti un étourdissement. Ou alors se laisser tuer par Brandon pendant l’affrontement. Mais ces solutions condamnent tout autant ceux qu’il aime.

  Il voudrait se sauver de lui-même, mais comment fait-on cela ? Il prend une gorgée de sa bière, la main tremblante.

  « Je suis en enfer. Entouré de gens normaux qui boivent et s’amusent, mais je suis en enfer. Et j’en sortirai jamais. Jamais. »

  Il se sent à nouveau sur le point de pleurer. « Ostie, tu fais juste ça, chialer, arrête, arrête ! »

  Il n’y a pas d’issue. En fait, il n’y en a qu’une.

  Mais c’est impossible, impossible ! Il ne peut pas tuer Brandon !

  … cet ostie de Brandon qui est responsable de tout ça…

  Quelque chose monte en Philippe, quelque chose qu’il n’a jamais ressenti et qui le dégoûte tellement qu’il en a un nouveau haut-le-cœur.

  Assis au bar, il ne bouge plus. Il croit qu’il pleure, mais aucune larme ne déborde de ses yeux. Avant même de s’écouler, elles brûlent. Comme tout ce qui est en enfer.

  ♦︎

  Brandon ignore combien de temps a passé. Une heure ? Deux ? Il n’a pas bougé, paralysé par la décision qui se forgeait peu à peu en lui, une décision qu’il n’aurait jamais cru pouvoir envisager un jour, qui va à l’encontre de tout ce qu’il est, de tout ce qu’il croit. Mais tout a changé, maintenant, tout est perverti. Absolument tout.

  Il se sent brisé, cassé, mais résigné. Il regarde Martin, qu’il avait complètement oublié. Ce dernier le regarde sans un mot. Est-ce qu’il observe Brandon comme ça depuis longtemps ? L’écrivain ouvre la bouche et s’entend dire ces mots qui lui brûlent la langue, lui déchirent les lèvres :

  — Est-ce que tu as accès à des armes à feu ?

  Dans l’œil du financier brille une lueur d’approbation. Il répond sur un ton égal :

  — D’ici cinq heures du matin, c’est très possible.

  ♦︎

  Une heure du matin. Le bar est maintenant plein à craquer. Philippe est toujours assis au comptoir. Il ne s’est levé que trois fois pour aller pisser. Car il a bu plusieurs bières. Et maintenant, il est ivre.

  Trois fois, il a commencé à écrire un message à Léanne pour la prévenir. Trois fois, il les a imaginés, elle et son fils, recevant une balle dans la tête. Trois fois, il a effacé son message avant de le terminer.

  Il devra se rendre au lieu de rendez-vous dans quelques heures. Et là… Là… L’image de lui et Brandon en train de s’entretuer à mains nues lui traverse l’esprit et, pour effacer cette vision absurde, il termine son verre d’un coup.

  C’est la faute de Brandon, oui, mais c’est aussi la sienne. Il n’aurait pas dû l’écouter. Il n’aurait pas dû accepter ce voyage à Berlin avec lui. Il n’aurait pas dû le rencontrer dans ce lancement il y a neuf ans. Il n’aurait jamais dû être charmé et attiré par sa folie, son sens de la fête, son sans-gêne, par tout ce que Philippe n’était pas mais pouvait être avec lui…

  Il voudrait se frapper le visage contre la table, jusqu’à se fendre le front. Il voudrait demander à un client de lui casser la gueule. Il voudrait…

  Une idée lui traverse l’esprit. Sans même prendre la peine de l’analyser plus en détails, il sort son cellulaire, en fouillant dans sa mémoire… Il se souvient qu’en français cela voulait dire « Belle beuverie… » Il cherche sur le traducteur… Voilà, « Schönes Trinkgelage », c’est le nom du bar.

  Il sort et cherche un taxi, qu’il trouve rapidement. Il montre au chauffeur l’adresse sur son cellulaire et la voiture se met en route. Il sait bien que son idée n’est qu’une solution à court terme, une sorte de palliatif aussi ridicule que celui de Christoph, et même pire car en plus il devra se soûler comme un con. Et surtout, ça ne réglera en rien l’inimaginable auquel il devra faire face plus tard. Mais pour l’instant, tout ce qui peut juguler l’horreur est vital, sinon il va se jeter devant un tramway pour le simple soulagement de sentir les roues broyer ses os.

  — Es ist hier, fait le chauffeur.

  Philippe, perdu dans ses pensées, n’a rien vu du trajet et réalise que le taxi est arrêté. Il paie le chauffeur et sort. Il reconnaît la rue sombre, les bâtiments mal entretenus, et le bar Schönes Trinkgelage. En marchant vers l’établissement, il songe alors qu’il est peut-être trop tard : la dernière fois, les duels s’étaient terminés vers minuit. Mais comme on est samedi, peut-être y en a-t-il d’avantage ? Il l’espère, sinon il sera venu ici pour rien. Il paie le portier momifié et entre dans l’établissement bruyant. Les dizaines de clients, aussi « testéronisés » que la dernière fois, sont debout, enveloppés de fumée de cigarette, en train d’encourager les deux concurrents sur la scène qui boivent leurs shooters en se regardant dans les yeux. Philippe pousse un soupir de soulagement. Pas tout à fait à jeun lui-même, il va droit vers le bar et attire l’attention du barman qui s’approche.

  — Je veux participer !

  — À quoi ?

  — Ben, à ça ! Au concours !

  Il désigne la scène du menton. Le barman considère Philippe d’un œil dubitatif, puis :

  — Après la séance, tu iras voir Otto, le MC. Je pense qu’il reste de la place pour lundi dans deux semaines…

  — Non, cette nuit ! Je veux le faire cette nuit !

  — Ça marche pas comme ça. De toute façon, c’est le dernier duel en ce moment.

  — Non, non ! Faites-en un autre avec moi !

  — Je viens de te dire que ça marche pas comme ça…

  — Je suis prêt à me mesurer à n’importe qui dans le bar ! Je suis…

  — OK, ça suffit, je suis occupé…

  Le barman se détourne, mais Philippe tend la main au-dessus du comptoir et l’attrape par le bras. L’employé se retourne, ahuri.

  — Tu comprends pas ! Je veux pas gagner, je veux perdre !

  Quelques clients près d’eux commencent à leur jeter des regards intrigués.

  — Annonce-le ! Annonce qu’un gars est prêt à perdre, tout le bar peut miser contre moi ! Ils pourront tous…

  — Lâche-moi, Arschloch…

  — … tous me frapper, tu entends ? Tous !

  — Si t’insistes…

  Et le serveur allonge un coup de poing sur la mâchoire de Philippe qui, déjà pas très solide sur ses pieds, se retrouve sur le dos. Il bat des paupières quelques secondes, prend le temps de retrouver le sens de la réalité, puis regarde vers le haut : un homme dans la fin vingtaine le regarde, habillé d’une chemise blanche à froufrous, aux longs cheveux noirs lissés vers l’arrière et à la barbe taillée en arabesques compliquées, véritable chien dans un jeu de quilles au milieu des autres clients majoritairement en jeans et t-shirts. Ses yeux, maquillés d’une mince ligne noire, expriment l’étonnement pendant un bref moment, puis sa bouche s’ouvre sur un large sourire, découvrant un nombre incalculable de dents éclatantes.

  — Ah, ben ! Le Québécois ! lance Lucas de sa voix juvénile mais forte, pour couvrir le brouhaha ambiant. J’étais sûr de t’avoir reconnu ! Qu’est-ce qui te prend de chercher le trouble avec le barman ?

  Et il tend la main pour aider Philippe. Celui-ci, sans trop réfléchir, l’attrape et se retrouve sur pied, encore sonné au point que Lucas doit l’aider à se tenir debout. Le caïd semble tout à coup sincèrement inquiet :

  — Ça va ? T’es pas à jeun, toi, hein ? Allez, viens, heu… Ton nom, déjà ?

  — Philippe…

  — Viens t’asseoir un peu avec nous, Philippe…

  — Non, j’ai… ça va aller, rétorque l’écrivain sans réaliser qu’il parle en français.

  — Je comprends rien de ce que tu racontes ! Allez, viens.

  Philippe, trop sonné et ivre pour résister, se laisse guider vers une table tout près. Quelques clients les suivent des yeux, mais encore une fois le duel sur scène demeure le centre d’attention. L’écrivain se laisse tomber sur une chaise libre et observe d’un œil vitreux Lucas replacer sa redingote (il porte vraiment une redingote !) en affirmant :

  — Voilà, tout est sous contrôle. Eh, tout le monde, c’est Philippe ! Tu connais déjà Bill et Klara, hein ? Ils étaient au karaoké hier soir…

  Bill, avec son look des années 90, salue l’écrivain d’un hochement de tête plutôt sympathique. Et Klara, toujours en robe et toujours amorphe, la marque près de son œil presque totalement disparue, considère le Québécois avec une vague surprise, comme si elle se demandait ce qu’il venait foutre ici.

  — Pis l’autre, c’est Kurt, ajoute Lucas en s’assoyant.

  Philippe reconnaît aussi le jeune type habillé de noir assis près de Bill : il s’agit du gars qui, l’autre soir, a gagné le concours de « calage » ici même, le nouveau champion de la place. L’air toujours aussi méfiant, il ne salue pas et se contente de dévisager le Québécois.

  — Ce soir, Kurt a gagné et a gardé son titre de champion ! précise Lucas avec fierté. Deux victoires en deux présences ! Un super investissement ! Je suis vraiment fier de lui ! Häh, Kurt ? Ich bin wirklich stolz auf dich !

  Et il s’étire au-dessus de la table pour embrasser son poulain sur le front. Kurt se laisse faire, un brin dérouté. Pour un gars qui vient de gagner un concours d’alcool, il semble presque à jeun, si ce n’était de ses yeux vitreux et du très léger oscillement de son corps. Lucas grimace et prend un ton confidentiel :

  — Moi, je trouve ce genre de concours imbécile, mais voir de stupides mâles alpha blancs se casser la gueule entre eux, c’est assez jouissif. Pis t’aurais dû voir le coup de poing que j’ai donné au perdant, tout à l’heure ! J’ai failli lui arracher la tête ! Hein, Bill ?

  Bill approuve en souriant. Kurt fronce les sourcils, sans doute parce qu’il saisit mal l’anglais. Philippe, hagard, a à peine écouté, occupé à reprendre ses esprits pour pouvoir repartir. Lucas penche la tête sur le côté :

  — Mais qu’est-ce que tu fous ici ? T’es déjà venu dans ce bar ?

  — Non, non, je passais et… Je dois partir…

  Il veut se lever, mais un léger étourdissement, causé autant par l’alcool que par la droite qu’il a reçue, le fait retomber sur la chaise.

  — Woh, woh, pas si vite, voyons. Relaxe un peu. Je t’offre un verre. Bill, hol uns etwas Starkes.

  Bill se lève et se dirige vers le bar. Sur la scène, le duel se termine et on proclame le vainqueur. Philippe se frotte le front, tandis que Lucas prend une gorgée de son verre en l’examinant.

  — Et ton ami… C’est quoi, son nom ?

  La bouche de Philippe s’assèche.

  — Brandon…

  — Il est pas avec toi ?

  L’écrivain ne répond rien, les yeux rivés à la table. « Lève-toi et va-t’en. » Lucas ajoute :

  — Hmmm… Ça sent la dispute… C’est ça ? C’est pour ça que t’as bu ?

  À ces mots, toute force quitte Philippe qui, à nouveau, n’arrive plus à se lever. Il étouffe un sanglot et enfonce son poing dans sa bouche pour ne pas hurler. Klara le regarde toujours, les sourcils froncés. Lucas affecte un air attendri.

  — Ouais, c’est ça… Chiant, hein ?

  Bill revient et dépose cinq shooters sur la table avant de s’asseoir. Sur la scène, les parieurs gagnants se mettent en rang devant la scène. Lucas prend son verre et le lève :

  — Allez ! Prost, tout le monde !

  Philippe, à la vue de l’alcool, ne résiste pas : anesthésier la douleur, le cauchemar, la folie… c’est tout ce qui compte. Ils boivent tous leur verre d’un coup, même Klara, qui le fait avec indifférence. L’alcool brûle la gorge de l’écrivain, douleur qui le satisfait, qu’il déguste en fermant les yeux. Lucas se penche vers lui :

  — Engueulade d’amis, donc… ou d’amoureux ? Tu peux le dire, hein, moi, je m’en fous. Même que ça m’arrive de jouer dans l’autre équipe, hein, Klara ?

  La jeune femme approuve d’un hochement de tête mécanique, mais Bill relève :

  — Pas souvent, quand même.

  — Non, non, pas souvent, mais, bon, c’est mieux que toi qui sursautes chaque fois que tu frôles un homme, hein ?

  — Ben voyons…

  — Ouais, ouais, j’ai remarqué, tu sais…

  Sur la scène, le premier parieur assène un coup de poing au perdant du duel, ce qui provoque des clameurs d’approbation. Lucas pose gentiment sa main sur le bras de Philippe :

  — Bref, je compatis. Mais si j’ai un conseil, c’est celui-ci : insiste pas. Des fois, les couples, ça se brise pis c’est pas grave. On appartient à personne, oublie jamais ça.

  Philippe jette un œil dérouté à la main posée sur son bras, cette main qui a frappé tel un météore un homme dans ce bar, qui a sans doute frappé Klara, qui a réduit en pièces le visage de Christoph hier soir… et qui a sans doute fait bien pire.

  — Quand même, une engueulade pendant un voyage, c’est triste, poursuit Lucas. Je suis convaincu que vous trippiez tous les deux, à Berlin… Pis pourtant, en quelques années, la ville a tellement changé… Tout est tellement plus cher ! Même en deux ans, ç’a grimpé en fou ! Le logement, c’est rendu complètement dingue ! Il paraît que chez vous, à Montréal, c’est la folie aussi, mais ici, je te jure…

  Philippe l’écoute à peine. Il se répète qu’il doit partir, mais…

  « … pour aller où ?… Dans un autre bar ?… Et boire toute la nuit, pour ensuite me rendre à ce rendez-vous pour pour pour oh mon Dieu, faire quoi, aller où, Seigneur, qu’est-ce que je vais faire qu’est-ce que je je c’est je je… »

  Il se frotte le front d’une main tremblante. Bill observe avec amusement le perdant recevoir sa série de coups sur la scène. Kurt, qui a renoncé à comprendre la conversation, fixe un point inconnu. Klara lit maintenant quelque chose sur son cellulaire. Lucas examine le Québécois avec attention, puis, en s’allumant une cigarette, il susurre :

  — En tout cas, si je peux t’aider, tu me le dis, hein ?

  L’écrivain se souvient alors de ce que Lucas leur avait dit, la veille.

  « Si vous avez besoin de quelque chose de spécial, faites-moi signe. Christoph a mon numéro. »

  Et tout à coup, la peur implose en Philippe. Pas la peur de Lucas, mais de lui-même. Et il annonce dans un bredouillement confus :

  — Je dois partir…

  Sous les regards étonnés du petit groupe, il se lève d’un bond, commence à se frayer un chemin à travers la foule agitée, puis sent qu’il va vomir à nouveau. Il se rend tant bien que mal aux toilettes et, sans accorder la moindre attention au client en train d’uriner, il se précipite dans une cabine, s’agenouille et penche la tête vers la cuvette. Mais à l’exception de sa respiration saccadée, rien ne sort. La nausée s’atténue.

  Il demeure dans cette position un moment à réfléchir, à jongler avec l’idée terrifiante qui lui a traversé l’esprit tout à l’heure, cette idée qu’il repousse mais qui s’obstine à revenir… Il doit s’en aller avant qu’elle devienne trop forte, avant que…

  Quelqu’un entre dans les toilettes, marche vers l’urinoir.

  — Ça va, Philippe ?

  L’écrivain ferme les yeux. Est-ce un signe ?

  Bruit de braguette qu’on ouvre, puis son d’un jet d’urine.

  — Si tu veux te changer les idées, je peux te proposer des activités ben le fun… Pour pas cher, en plus…

  Bruit de porte qu’on ouvre et ferme : l’autre client qui vient de sortir des toilettes. Lucas poursuit :

  — Le SO36, par exemple, où ils présentent des shows de toutes les cultures… Autant les hétéros que les personnes queer sont les bienvenus, un exemple parfait de tolérance et d’inclusivité…

  La respiration de Philippe devient plus sourde. Il entend le robinet s’ouvrir, puis :

  — Bon, ben, j’ai fait mon effort, hein ? Allez, bonne chance, le Québécois.

  Le robinet se ferme et des pas s’éloignent. Philippe bondit sur ses pieds et sort de la cabine en lançant vivement :

  — Je voudrais une arme.

  Lucas se retourne, cigarette au bec, réellement pris au dépourvu. Philippe s’humecte les lèvres.

  — Un revolver, un pistolet… Comment je… je pourrais me procurer ça ?

  Lucas demeure sans réaction un moment, puis revient sur ses pas en grattant sa joue droite.

  — T’es en criss après ton chum à ce point-là ?

  — J’ai pas dit que ça le concernait.

  Il a répliqué cette phrase automatiquement, par pur réflexe de protection, même s’il se doute que tout, dans son attitude, démontre qu’il n’est pas sincère. Lucas éclate d’un rire juvénile en claquant dans ses mains.

  — Fuck ! Je m’attendais vraiment pas à ça ! Heilige Scheiße !

  Il fait quelques pas en tournant en rond, le temps de calmer son rire. Il lisse ses cheveux noirs, révélant davantage sa calvitie précoce, puis, plus sérieux, il prend une bouffée de sa cigarette et explique :

  — C’est là qu’on se rend compte qu’on peut pas juger les gens trop vite, hein ? Toi, on pourrait croire que t’es un peureux inoffensif, pis tout à coup…

  Il mime un revolver avec ses doigts, vise le mur et imite le son d’un coup de feu, pour aussitôt rigoler à nouveau, sous l’œil dérouté de l’écrivain. Puis il tousse brièvement derrière son poing et, à nouveau sérieux, dégage sa redingote pour poser ses poings sur ses hanches. La tête penchée sur le côté, il claque la langue plusieurs fois.

  — Si t’étais mon ami, on en parlerait, je te conseillerais, j’essaierais de voir tes intentions, mais on est pas des amis. Là, on discute business. Ce que tu veux faire, ça me regarde pas. Donc, tu veux un pistolet ?

  — Ou un revolver, je sais pas…

  — Un pistolet, c’est mieux. Je peux…

  Un client, plutôt costaud, entre. Aussitôt, Lucas, sans même le regarder, les mains toujours sur les hanches, crache :

  — Hau ab, du, und pinkel draußen15 !

  Le nouveau venu, piqué, vient pour répliquer, mais, en reconnaissant le caïd, il marmonne quelque chose en allemand, puis quitte la pièce.

 

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