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Complete Works of Gustave Flaubert, page 284

 

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  Et la fin du jour se passa dans les incertitudes, les regrets.

  Ce n'était pas une raison pour abandonner le voyage de la Bretagne. Ils comptaient même emmener Gorju, qui les aiderait dans leurs fouilles.

  Depuis quelque temps, il couchait à la maison, afin de terminer plus vite le raccommodage du meuble. La perspective d'un déplacement le contraria et comme ils parlaient des menhirs et des tumulus qu'ils comptaient voir :

  — Je connais mieux leur dit-il ; en Algérie, dans le Sud, près des sources de Bou-Mursoug, on en rencontre des quantités. Il fit même la description d'un tombeau, ouvert devant lui, par hasard ; — et qui contenait un squelette, accroupi comme un singe, les deux bras autour des jambes.

  Larsonneur, qu'ils instruisirent du fait, n'en voulut rien croire.

  Bouvard approfondit la matière, et le relança.

  — Comment se fait-il que les monuments des Gaulois soient informes, tandis que ces mêmes Gaulois étaient civilisés au temps de Jules César ? Sans doute, ils proviennent d'un peuple plus ancien ?

  — Une telle hypothèse, selon Larsonneur, manquait de patriotisme.

  — N'importe ! rien ne dit que ces monuments soient l'oeuvre des

  Gaulois. — Montrez-nous un texte !

  L'académicien se fâcha, ne répondit plus ; — et ils en furent bien aises, tant les Druides les ennuyaient.

  S'ils ne savaient à quoi s'en tenir sur la céramique et sur le celticisme c'est qu'ils ignoraient l'histoire, particulièrement l'histoire de France.

  L'ouvrage d'Anquetil se trouvait dans leur bibliothèque ; mais la suite des rois fainéants les amusa fort peu, la scélératesse des maires du Palais ne les indigna point ; — et ils lâchèrent Anquetil, rebutés par l'ineptie de ses réflexions.

  Alors ils demandèrent à Dumouchel quelle est la meilleure histoire de

  France.

  Dumouchel prit en leur nom, un abonnement à un cabinet de lecture et leur expédia les lettres d'Augustin Thierry, avec deux volumes de M. de Genoude.

  D'après cet écrivain, la royauté, la religion, et les assemblées nationales, voilà les principes de la nation française, lesquels remontent aux Mérovingiens. Les Carlovingiens y ont dérogé. Les Capétiens, d'accord avec le peuple s'efforcèrent de les maintenir. Sous Louis XIII, le pouvoir absolu fut établi, pour vaincre le Protestantisme, dernier effort de la Féodalité — et 89 est un retour vers la constitution de nos aïeux.

  Pécuchet admira ces idées.

  Elles faisaient pitié à Bouvard, qui avait lu Augustin Thierry, d'abord.

  — Qu'est-ce que tu me chantes, avec ta nation française ! puisqu'il n'existait pas de France, ni d'assemblées nationales ! et les Carlovingiens n'ont rien usurpé, du tout ! et les Rois n'ont pas affranchi les communes ! Lis, toi-même !

  Pécuchet se soumit à l'évidence, et bientôt le dépassa en rigueur scientifique ! Il se serait cru déshonoré s'il avait dit : Charlemagne et non Karl le Grand, Clovis au lieu de Clodowig.

  Néanmoins, il était séduit par Genoude, trouvant habile de faire se rejoindre les deux bouts de l'histoire de France, si bien que le milieu est du remplissage ; — et pour en avoir le coeur net, ils prirent la collection de Buchez et Roux.

  Mais le pathos des préfaces, cet amalgame de socialisme et de catholicisme les écoeura ; les détails trop nombreux empêchaient de voir l'ensemble.

  Ils recoururent à M. Thiers.

  C'était pendant l'été de 1845, dans le jardin, sous la tonnelle. Pécuchet, un petit banc sous les pieds, lisait tout haut de sa voix caverneuse, sans fatigue, ne s'arrêtant que pour plonger les doigts dans sa tabatière. Bouvard l'écoutait la pipe à la bouche, les jambes ouvertes, le haut du pantalon déboutonné.

  Des vieillards leur avaient parlé de 93 ; — et des souvenirs presque personnels animaient les plates descriptions de l'auteur. Dans ce temps-là, les grandes routes étaient couvertes de soldats qui chantaient la Marseillaise. Sur le seuil des portes, des femmes assises cousaient de la toile, pour faire des tentes. Quelquefois, arrivait un flot d'hommes en bonnet rouge, inclinant au bout d'une pique une tête décolorée, dont les cheveux pendaient. La haute tribune de la Convention dominait un nuage de poussière, où des visages furieux hurlaient des cris de mort. Quand on passait au milieu du jour près du bassin des Tuileries, on entendait le heurt de la guillotine, pareil à des coups de mouton.

  Et la brise remuait les pampres de la tonnelle, les orges mûres se balançaient par intervalles, un merle sifflait. En portant des regards autour d'eux, ils savouraient cette tranquillité.

  Quel dommage que dès le commencement, on n'ait pu s'entendre — car si les royalistes avaient pensé comme les patriotes, si la Cour y avait mis plus de franchise, et ses adversaires moins de violence, bien des malheurs ne seraient pas arrivés.

  À force de bavarder là-dessus, ils se passionnèrent. Bouvard, esprit libéral et coeur sensible, fut constitutionnel, girondin, thermidorien. Pécuchet, bilieux et de tendances autoritaires, se déclara sans-culotte et même robespierriste.

  Il approuvait la condamnation du roi, les décrets les plus violents, le culte de l'Être Suprême. Bouvard préférait celui de la nature. Il aurait salué avec plaisir l'image d'une grosse femme, versant de ses mamelles à ses adorateurs, non pas de l'eau, mais du chambertin.

  Pour avoir plus de faits à l'appui de leurs arguments, ils se procurèrent d'autres ouvrages, Montgaillard, Prudhomme, Gallois, Lacretelle, etc. ; et les contradictions de ces livres ne les embarrassaient nullement. Chacun y prenait ce qui pouvait défendre sa cause.

  Ainsi Bouvard ne doutait pas que Danton eût accepté cent mille écus pour faire des motions qui perdraient la République ; — et selon Pécuchet Vergniaud aurait demandé six mille francs par mois.

  — Jamais de la vie ! Explique-moi plutôt, pourquoi la soeur de

  Robespierre avait une pension de Louis XVIII ?

  — Pas du tout ! c'était de Bonaparte ; et puisque tu le prends comme ça, quel est le personnage qui peu de temps avant la mort d'Égalité eut avec lui une conférence secrète ? Je veux qu'on réimprime dans les mémoires de la Campan les paragraphes supprimés ! Le décès du Dauphin me paraît louche. La poudrière de Grenelle en sautant tua deux mille personnes ! Cause inconnue, dit-on, quelle bêtise ! car Pécuchet n'était pas loin de la connaître, et rejetait tous les crimes sur les manoeuvres des aristocrates, l'or de l'étranger.

  Dans l'esprit de Bouvard, montez-au-ciel-fils-de-saint-Louis, les vierges de Verdun et les culottes en peau humaine étaient indiscutables. Il acceptait les listes de Prudhomme, un million de victimes tout juste.

  Mais la Loire rouge de sang depuis Saumur jusqu'à Nantes, dans une longueur de dix-huit lieues, le fit songer. Pécuchet également conçut des doutes, et ils prirent en méfiance les historiens.

  La Révolution est pour les uns, un événement satanique. D'autres la proclament une exception sublime. Les vaincus de chaque côté, naturellement sont des martyrs.

  Thierry démontre, à propos des Barbares, combien il est sot de rechercher si tel prince fut bon ou fut mauvais. Pourquoi ne pas suivre cette méthode dans l'examen des époques plus récentes ? Mais l'Histoire doit venger la morale ; on est reconnaissant à Tacite d'avoir déchiré Tibère. Après tout, que la Reine ait eu des amants, que Dumouriez dès Valmy se proposât de trahir, en prairial que ce soit la Montagne ou la Gironde qui ait commencé, et en thermidor les Jacobins ou la Plaine, qu'importe au développement de la Révolution, dont les origines sont profondes et les résultats incalculables ! Donc, elle devait s'accomplir, être ce qu'elle fut ; mais supposez la fuite du Roi sans entrave, Robespierre s'échappant ou Bonaparte assassiné — hasards qui dépendaient d'un aubergiste moins scrupuleux, d'une porte ouverte, d'une sentinelle endormie, et le train du monde changeait.

  Ils n'avaient plus sur les hommes et les faits de cette époque, une seule idée d'aplomb.

  Pour la juger impartialement, il faudrait avoir lu toutes les histoires, tous les mémoires, tous les journaux et toutes les pièces manuscrites, car de la moindre omission une erreur peut dépendre qui en amènera d'autres à l'infini. Ils y renoncèrent.

  Mais le goût de l'Histoire leur était venu, le besoin de la vérité pour elle-même.

  Peut-être, est-elle plus facile à découvrir dans les époques anciennes ? Les auteurs, étant loin des choses, doivent en parler sans passion. Et ils commencèrent le bon Rollin.

  — Quel tas de balivernes ! s'écria Bouvard, dès le premier chapitre.

  — Attends un peu dit Pécuchet, en fouillant dans le bas de leur bibliothèque, où s'entassaient les livres du dernier propriétaire, un vieux jurisconsulte, maniaque et bel esprit ; — et ayant déplacé beaucoup de romans et de pièces de théâtre, avec un Montesquieu et des traductions d'Horace, il atteignit ce qu'il cherchait : l'ouvrage de Beaufort sur l'Histoire romaine.

  Tite-Live attribue la fondation de Rome à Romulus. Salluste en fait honneur aux Troyens d'Énée. Coriolan mourut en exil selon Fabius Pictor, par les stratagèmes d'Attius Tullus, si l'on en croit Denys ; Sénèque affirme qu'Horatius Coclès s'en retourna victorieux, Dion qu'il fut blessé à la jambe. Et La Mothe le Vayer émet des doutes pareils, relativement aux autres peuples.

  On n'est pas d'accord sur l'antiquité des Chaldéens, le siècle d'Homère, l'existence de Zoroastre, les deux empires d'Assyrie. Quinte-Curce a fait des contes. Plutarque dément Hérodote. Nous aurions de César une autre idée, si le Vercingétorix avait écrit ses commentaires.

  L'Histoire ancienne est obscure par le défaut de documents. Ils abondent dans la moderne ; — et Bouvard et Pécuchet revinrent à la France, entamèrent Sismondi.

  La succession de tant d'hommes leur donnait envie de les connaître plus profondément, de s'y mêler. Ils voulaient parcourir les originaux, Grégoire de Tours, Monstrelet, Commines, tous ceux dont les noms étaient bizarres ou agréables.

  Mais les événements s'embrouillèrent faute de savoir les dates.

  Heureusement qu'ils possédaient la mnémotechnie de Dumouchel, un in-12 cartonné avec cette épigraphe : Instruire en amusant.

  Elle combinait les trois systèmes d'Allévy, de Pâris, et de Feinaigle.

  Allévy transforme les chiffres en figures, le nombre 1 s'exprimant par une tour, 2 par un oiseau, 3 par un chameau, ainsi du reste. Pâris frappe l'imagination au moyen de rébus ; un fauteuil garni de clous à vis donnera : Clou, vis = Clovis ; et comme le bruit de la friture fait ric, ric des merles dans une poêle rappelleront Chilpéric. Feinaigle divise l'univers en maisons, qui contiennent des chambres, ayant chacune quatre parois à neuf panneaux, chaque panneau portant un emblème. Donc, le premier roi de la première dynastie occupera dans la première chambre le premier panneau. Un phare sur un mont dira comment il s'appelait Phar à mond système Pâris — et d'après le conseil d'Allévy, en plaçant au-dessus un miroir qui signifie 4, un oiseau 2, et un cerceau 0, on obtiendra 420, date de l'avènement de ce prince.

  Pour plus de clarté, ils prirent comme base mnémotechnique leur propre maison, leur domicile, attachant à chacune de ses parties un fait distinct ; — et la cour, le jardin, les environs, tout le pays, n'avait plus d'autre sens que de faciliter la mémoire. Les bornages dans la campagne limitaient certaines époques, les pommiers étaient des arbres généalogiques, les buissons des batailles, le monde devenait symbole. Ils cherchaient sur les murs, des quantités de choses absentes, finissaient par les voir, mais ne savaient plus les dates qu'elles représentaient.

  D'ailleurs, les dates ne sont pas toujours authentiques. Ils apprirent dans un manuel pour les collèges, que la naissance de Jésus doit être reportée cinq ans plus tôt qu'on ne la met ordinairement, qu'il y avait chez les Grecs trois manières de compter les Olympiades, et huit chez les Latins de faire commencer l'année. — Autant d'occasions pour les méprises, outre celles qui résultent des zodiaques, des ères, et des calendriers différents.

  Et de l'insouciance des dates, ils passèrent au dédain des faits.

  Ce qu'il y a d'important, c'est la philosophie de l'Histoire !

  Bouvard ne put achever le célèbre discours de Bossuet.

  — L'aigle de Meaux est un farceur ! Il oublie la Chine, les Indes et l'Amérique ! mais a soin de nous apprendre que Théodose était la joie de l'univers, qu'Abraham traitait d'égal avec les rois et que la philosophie des Grecs descend des Hébreux. Sa préoccupation des Hébreux m'agace !

  Pécuchet partagea cette opinion, et voulut lui faire lire Vico.

  — Comment admettre objectait Bouvard, que des fables soient plus vraies que les vérités des historiens ?

  Pécuchet tâcha d'expliquer les mythes, se perdait dans la Scienza

  Nuova.

  — Nieras-tu le plan de la Providence ?

  — Je ne le connais pas ! dit Bouvard.

  Et ils décidèrent de s'en rapporter à Dumouchel.

  Le Professeur avoua qu'il était maintenant dérouté en fait d'histoire.

  — Elle change tous les jours. On conteste les rois de Rome et les voyages de Pythagore ! On attaque Bélisaire, Guillaume Tell, et jusqu'au Cid, devenu, grâce aux dernières découvertes, un simple bandit. C'est à souhaiter qu'on ne fasse plus de découvertes, et même l'Institut devrait établir une sorte de canon, prescrivant ce qu'il faut croire !

  Il envoyait en post-scriptum des règles de critique, prises dans le cours de Daunou :

  — Citer comme preuve le témoignage des foules, mauvaise preuve ; elles ne sont pas là pour répondre.

  — Rejetez les choses impossibles. On fit voir à Pausanias la pierre avalée par Saturne.

  — L'architecture peut mentir, exemple : l'Arc du Forum, où Titus est appelé le premier vainqueur de Jérusalem, conquise avant lui par Pompée.

  — Les médailles trompent, quelquefois. Sous Charles IX, on battit des monnaies avec le coin de Henri II.

  — Tenez en compte l'adresse des faussaires, l'intérêt des apologistes et des calomniateurs.

  Peu d'historiens ont travaillé d'après ces règles — mais tous en vue d'une cause spéciale, d'une religion, d'une nation, d'un parti, d'un système, ou pour gourmander les rois, conseiller le peuple, offrir des exemples moraux.

  Les autres, qui prétendent narrer seulement, ne valent pas mieux. Car on ne peut tout dire. Il faut un choix. Mais dans le choix des documents, un certain esprit dominera ; — et comme il varie, suivant les conditions de l'écrivain, jamais l'histoire ne sera fixée.

  C'est triste, pensaient-ils.

  Cependant on pourrait prendre un sujet, épuiser les sources, en faire bien l'analyse — puis le condenser dans une narration, qui serait comme un raccourci des choses, reflétant la vérité tout entière. Une telle oeuvre semblait exécutable à Pécuchet.

  — Veux-tu que nous essayions de composer une histoire ?

  — Je ne demande pas mieux ! Mais laquelle ?

  — Effectivement, laquelle ?

  Bouvard s'était assis. Pécuchet marchait de long en large dans le musée ; quand le pot à beurre frappa ses yeux, et s'arrêtant tout à coup :

  — Si nous écrivions la vie du duc d'Angoulême ?

  — Mais c'était un imbécile ! répliqua Bouvard.

  — Qu'importe ! Les personnages du second plan ont parfois une influence énorme — et celui-là, peut-être, tenait le rouage des affaires.

  Les livres leur donneraient des renseignements — et M. de Faverges en possédait sans doute, par lui-même, ou par de vieux gentilshommes de ses amis.

  Ils méditèrent ce projet, le débattirent, et résolurent enfin, de passer quinze jours à la Bibliothèque municipale de Caen, pour y faire des recherches.

  Le Bibliothécaire mit à leur disposition des histoires générales et des brochures, avec une lithographie coloriée, représentant, de trois quarts, Monseigneur le duc d'Angoulême.

  Le drap bleu de son habit d'uniforme disparaissait sous les épaulettes, les crachats, et le grand cordon rouge de la Légion d'honneur. Un collet extrêmement haut enfermait son long cou. Sa tête piriforme était encadrée par les frisons de sa chevelure et de ses minces favoris ; — et de lourdes paupières, un nez très fort et de grosses lèvres donnaient à sa figure une expression de bonté insignifiante.

  Quand ils eurent pris des notes, ils rédigèrent un programme.

  Naissance et enfance, peu curieuses. Un de ses gouverneurs est l'abbé Guénée, l'ennemi de Voltaire. À Turin, on lui fait fondre un canon, et il étudie les campagnes de Charles VIII. Aussi, est-il nommé, malgré sa jeunesse, colonel d'un régiment de gardes-nobles.

  97. Son mariage.

  1814. Les Anglais s'emparent de Bordeaux. Il accourt derrière eux — et montre sa personne aux habitants. Description de la personne du Prince.

  1815. Bonaparte le surprend. Tout de suite, il appelle le roi d'Espagne, et Toulon, sans Masséna, était livré à l'Angleterre.

  Opérations dans le Midi. Il est battu, mais relâché sous la promesse de rendre les diamants de la couronne, emportés au grand galop par le Roi, son oncle.

  Après les Cent-Jours, il revient avec ses parents, et vit tranquille.

  Plusieurs années s'écoulent.

  Guerre d'Espagne. — Dès qu'il a franchi les Pyrénées, la Victoire suit partout le petit-fils de Henri IV. Il enlève le Trocadéro, atteint les colonnes d'Hercule, écrase les factions, embrasse Ferdinand, et s'en retourne.

  Arcs de triomphe, fleurs que présentent les jeunes filles, dîners dans les préfectures, Te Deum dans les cathédrales. Les Parisiens sont au comble de l'ivresse. La ville lui offre un banquet. On chante sur les théâtres des allusions au Héros.

  L'enthousiasme diminue. Car en 1827 à Cherbourg un bal organisé par souscription rate.

  Comme il est grand-amiral de France, il inspecte la flotte, qui va partir pour Alger.

  Juillet 1830. Marmont lui apprend l'état des affaires. Alors il entre dans une telle fureur qu'il se blesse la main à l'épée du général.

  Le roi lui confie le commandement de toutes les forces.

  Il rencontre, au bois de Boulogne, des détachements de la ligne — et ne trouve pas un seul mot à leur dire.

  De Saint-Cloud il vole au pont de Sèvres. Froideur des troupes. Ça ne l'ébranle pas. La famille royale quitte Trianon. Il s'assoit au pied d'un chêne, déploie une carte, médite, remonte à cheval, passe devant Saint-Cyr, et envoie aux élèves des paroles d'espérance.

 

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