Complete works of gustav.., p.441

Complete Works of Gustave Flaubert, page 441

 

Complete Works of Gustave Flaubert
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  Non, pas ça, c’est vieux ; autre chose ! vivement !

  Jeanne doit toujours former le centre du groupe principal. A la fin, toutes les dames, y compris la Heine, qui ont suivi progressivement les mêmes changements, se trouvent ha~ billées comme elle, d’une façon riche et extravagante.

  COUTURIN.

  Restons-y au moins une demi-heure ! C’est très beau !

  Satisfaction générale exprimée par des soupirs / mais tout à coup Couturin considère Jeanne, et, défaisant avec rapidité sa toilette :

  Oui ! décidément, ceci me déplaît, et cela aussi !... Autre chose... Allons ! vite !

  Jear.ne se trouve dans un costume d’un goût simple et exquis.

  Maintenant, seigneurs et seigneure-ses, parfumeurs et brodeuses, chemisiers et couturières, retirez-vous dans vos cabinets artistiques, nous souhaitons être seuls ! Demeurez, Couturine !

  SCÈ^CE IV JEANNE, COUTURIN, COUTURINE.

  C O U T U RI N.

  Eh bien ! jeune fille, ce luxe de la toilette que tu désirais si fort, le voilà !

  JEANNE.

  C’est donc vrai ! Je ne rêve pas !

  COUTURIN.

  « Non, les génies supérieurs te protègent.

  JEANNE.

  Moi !

  COUTURIN.

  N’en doute plus ! Aucune, grâce à nous, ne sera aussi séduisante.

  JEANNE.

  Oh ! merci. Il va donc m’aimer.

  COUTURIN.

  Peut-être ? Pour atteindre à la moderne dignité de femme, — tâche de comprendre. — pour devenir tout à fait cet être charmant, inextricable et funeste commencé par Dieu et achevé par les poètes et les coiffeurs, si bien qu’il a fallu soixante siècles au monde avant de produire la Parisienne, il le manque enrore, o petite fille, bien des choses.

  JEANNE.

  Lesquelles ?

  COUTURIN.

  Eh ! tu ne .sais pas saluer, sourire, pincer la bouche, cligner des yeux, ni débiter des mélancolies en prenant sur un sopha des poses de fleur battue par la brise. Comment ferais-tu, voyons, en l’entendant soupirer ? et quelle serait ta réponse s’il te demandait : “M’aimes-tu ?”

  JEANNE.

  Eh bien, je répondrais : Oui.

  COUTURINE, impérieusement.

  Ça ne se dit pas, jeune fille ! C’est un mot indécent, naturel et populaire !

  JEANNE.

  Mais comment parler ? Enseigne moi !

  COUTURIN. Holà ! les deux types du bon goût ! Arrive/ !

  SCÈVCE V

  LES PRECEDENTS, DEUX MANNEQUINS.

  Monsieur et dame que l’on apporte. La dame est vêtue à la dernière mode. Le monsieur a une raie derrière la tête qui se continue, par les poils de son paletot systématiquement divisés, jusqu’au bas des reins ; elle se reproduit sur chaque jambe du pantalon ; lorgnon dans l’ail, chic anglais, etc.

  COUTURIN.

  Considère ces deux honnêtes mannequins qui ressemblent à des humains : tâche de reproduire leurs mouvements, si tu veux avoir de belles manières. Rappelle-toi leurs discours, et, en quelque lieu que tu te trouves, à la campagne, en visite, en soirée, dans un dîner ou au spectacle, tu pourras jacasser hardiment sur la nature, la littérature, les enfants aux têtes blondes, l’idéal, le turf, et autres choses. La clef, Couturine ?

  Il remonte les deux automates à la poitrine.

  Commençons. En appuyant ici, on obtient ce qu’il faut dire devant un beau paysage.

  En prenant le monsieur sous les aisselles, il le penche de droite et de gauche, comme on fait à une pendule dont le balancier est arrêté, Couturine fait de même à la dame,

  Partez !

  LE MONSIEUR, atec de petits gestes rapides de la main droite et l’air guilleret.

  Bonjour, chère !

  LA DAME, même jeu.

  Bonjour, bonjour, mon bon !

  Ils se rapprochent ainsi des deux côtés de la scène, en roulant

  sur leurs roulettes, et quand ils sont arrives face à face,

  ils se secouent les mains pendant une minute avec violence,

  en ricanant.

  LE MONSIEUR, regardant autour de lui, avec des mouvements de tète saccadés.

  Tiens ! tiens ! tiens ! où sommes-nous donc ?

  LA DAME, minaudant et en détachant ses phrases.

  Ah ! la délicieuse campagne !... un site pittoresque !... et des petites fleurs ! — si poétiques ! — et inutiles !... poétiques parce qu’elles sont inutiles. — inutiles parce qu’elles sont poétiques !

  LE MONSIEUR, d’un ton bourru.

  Moi... je la trouve bête comme chou... votre campagne ! — Du sentiment, allons donc ! — de l’élégie, ha ! ha ! ha ! — la poésie, ha ! ha ! ha ! — Je suis revenu de tout ça... ha ! ha ! ha !

  LA DAME, avec beaucoup de gestes.

  Mais cependant, permettez, si l’on taillait ces arbres... si l’on reculait ces massifs, en faisant avancer le vieux chêne, avec quelques mines, des paysans bien habillés et un chemin de fer pour être à proximité, on aurait là, avouez-le, un beau sujet artistique, de quoi faire une jolie mine de plomb.

  LE MONSIEUR, gaillardement.

  En fait de mine, je préfère la vôtre.

  LA DAME.

  Où donc prenez-vous ce ton-là ? Chez vos petites dames ? Je voudrais bien, sans qu’on le sache, y aller un peu... pour voir leur mobilier.

  LE MONSIEUR.

  A vos ordres !

  A part.

  Une imagination !... elle pétille !

  Haut.

  Mais, permettez, un conseil : pour vos placements, je m’en chargerais.

  LA DAME, vite.

  Et des reports aussi ?

  LE MONSIEUR, vite.

  Ça va ! J’ai mon carnet.

  LA DAME, vite.

  Nous disons donc... ?

  COUTURINE, arrêtait ressort.

  Assez ! assez ! ils n^ s’arrêteraient plu ?.

  JEANNE.

  J’aurai bien du mal à retenir...

  COUTURIN.

  Ah bah ! avec de la bonne volonté ! Écoute-les plutôt sur les nouvelles du jour.

  // touche un ressort des mannequins à une autre place.

  LA DAME, lentement et d’un air affligé.

  Eh bien, — à ce qu’il paraît, — on a encore massacré, là-bas, douze mille de ces pauvres diables.

  LE MONSIEUR, chantonnant.

  Broum ! broum ! broum ! Qu’est-ce que ça nous fait ? Je ne donne plus là-dedans ! La vie est courte, turlurette ! Amusons-nous !

  LA DAME, d’un ton gai.

  Vous avez le genre Régence, tout à fait talon rouge.

  LE MONSIEUR, gravement, la main dans son gilet.

  Oui, avec des idées libérales. Un mélange de l’ancienne aristocratie française et de l’industrialisme américain Qu’est-ce que ça ?

  LA DAME, vite, et d’un ton suppliant, en lui offrau une liasse de petits papiers.

  Des billets de loterie, peur mes pauvres !

  LE MONSIEUR, avec un grand salut. Trop heureux, Madame ! A part.

  Pincé !

  Légèrement.

  Et le nouveau livre de chose, l’avez-vous lu ?

  LA DAME, admirativement.

  Oh ! très beau ! Vrai ! c’est un grand homme !

  LE MONSIEUR, naturellement. Eh ! non, un crétin. Du moins on le dit. LA DAME.

  On le dit. Ah ! alors ça se peut. Je vous crois.

  LE MONSIEUR, avec un regard amoureux et soupirant. Si vous pouviez croire tout ce que je vous...

  Il s’arrête brusquement.

  COUTURIN. Ah ! j’ai oublié deux demi-tours !

  JEANNE.

  Mqis ils ne s’aiment pas du tout, ceux-lq !

  COUTURIN, en remontant les mannequins.

  C’est ainsi que cela commence ; et quand il lui aura dit, en face, assez d’impertinences pour la faire pleurer, ce sera une union si intime et tellement reconnue, que l’on ne manquera pas dans les meilleures maisons de les inviter ensemble.

  Les deux mannequins, pendant qu’il les remontait, ont échangé des gestes tendres qui deviennent de plus en plus expressifs.

  Non ! non ! à la valse ! à la valse !

  Ils se mettent à valser, et, pendant qu’ils valsent, Jeanne répété du mieux qu’elle peut tous leurs mouvements.

  C’est cela ! lui, menton levé et coude e.i l’air ; — elle, droite comme un I et nez baissé ; tous deux piquant leurs angles dans l’espace, une vraie figure de géométrie en belle humeur. Assez : qu’on les remmène ! Et vous, Couturine, veillez bien à ce qu’on les remette dans leurs boîtes.

  On les emporte.

  SCÈ^CE VI

  COUTURIN, JEANNE.

  COUTURIN. Voilà ! Tu en sais suffisamment pour te produire dans le monde.

  JEANNE.

  Eh ! ce n’est pas le monde qui m’inquiète, mais Lui. Où est-il ? Je veux le voir.

  COUTURIN, lentement.

  11 me serait possible de satisfaire ton désir.

  JEANNE, ravie.

  Oh !...

  COUTURIN.

  A une condition, cependant.

  JEANNE.

  Dis-la ! et quelle qu’elle soit, d’avance... Réponds donc...

  COUTURIN.

  C’est que jamais tu ne te feras reconnaître, ni à lui, ni à son compagnon.

  JEANNE.

  Pourquoi ?

  COUTURIN.

  Parce qu’il t’a déjà repoussée quand tu étais une paysanne : l’oublies-tu ? Et, surtout, écoute bien, tu ne doutes pas de mon pouvoir : n’est-ce pas moi qui t’ai donné plus de robes que tu ne possédais d’épingles et plus de perles fines qu’il n’y avait de grains de son dans l’auge de tes pourceaux ? Eh bien, je te jure, par celte même puissance, que si tu viens à lui dire ton nom, à l’instant même, et comme d’un coup de foudre, tu mourras.

  JEANNE baisse la te te, tandis que Couturi.i l’obsene avec anxiite ; puis lentement :

  N’importe sous quel nom et sous quelle figure : pourvu qu’il m’aime, c’e^t tout ce que je veux ! Partons-nous ?

  COUTURIN.

  Oh ! inutile ! Le voilà qui vient pour des emplettes indispensables à son voyage !

  On entend la voix de Dominique dans la coulisse.

  SCÈ^dE VU

  LES PRECEDENTS, PAUL, DOMIXIQ.UE,

  CO M M I S.

  Dans la scène précédente, le dicor peu à peu s’est changé en un ba^ar immense oit il y a beaucoup d’articles de voyage. Le fond de la scene se trouve occupé par les couturiers et les modistes.

  DOMINIQUE, criant. Place ! place ! Il nous faut deux sacs de nuit, une aumônière, des couvertures.

  PREMIER COMMIS. A vos ordres !

  DEUXIÈME COMMIS. Tout de suite, Monsieur !

  TROISIÈME COMMIS. Huitième étage ! quinzième rayon !

  QUATRIÈME COMMIS. Non ! par ici !

  DOMINIQUE. Ah ! j’en perds la boule !

  Paul et Dominique sont arrives au milieu de la scène. JEANNE, la main sur son caur.

  C’est lui !

  PAUL » apercevant Jeanne » Quelle beauté !

  DOMINIQUE. Je trouve qu’elle a un faux air. Riant.

  Suls-je bête !... Comme si c’était possible !... PAUL.

  Mais je l’ai déjà vue !... Où donc ? Ah !... dans mes rêves, sans doute...

  JEANNE, vivement.

  Il ne me reconnaît pas ? Bien ! D’autant plus que déguisée par celte toilette...

  COUTURIN.

  Tu as meilleure chance de lui plaire, certainement ! Mais n’oublie pas mes leçons !

  JEANNE.

  Non ! non ! Oh ! je me ^cns de l’esprit ! tu vas voir.

  PAUL, saluant.

  Madame !...

  A part.

  Pour qu’un être tellement merveilleux se rencontre ici, avec moi, c’est que le ciel, sans doute, l’a voulu ? Serait-ce par hasard... ?

  JEANNE, imitant les gestes du mannequin.

  Bonjour ! bonjour, mon bon !

  PAUL.

  Quelle familiarité ! C’est un indice, un signe, peut-être ?...

  JEANNE, se rapprochant de lui.

  De la tristesse, il me semble ? Et la cause ?

  PAUL.

  Prêt à partir pour un long voyage, je me demandais, tout à l’heure, si je ne ferais pas mieux ..

  JEANNE.

  Un voyage ? ça me va ! Plus on e*t de fous, plus on rit ! Votre bra*, voyons ! Presto !

  PAUL.

  Elle est folle !

  JEANNE.

  Mais regarde/ ! J’ai trois cent quatre-vingt-douze caisses pleines de robes, des coiffures par douzaine, des serviettes brodées, des torchons à dentelles, des gants à vingt-six boutons et des amours de petites bottes. Oh ! mes petites bottes !

  Elle montre son pied.

  Bottes ! bottes ! bottes !

  PAUL.

  Assez ! assez !

  JEANNE.

  Mon chalet d’acajou peut, en un clin d’œil, se poser sur les sites les plus pittoresques, et avec un piano...

  Geste de dégoût de Paul.

  un bon piano pour jouer des polkas sur les montagnes... Je sais faire des imitations. Écoute !

  PAUL.

  Grâce !

  JEANNE, vivement.

  Le reflet de nos élégances embellira le monde entier. Nous donnerons des raouts dans les pagodes, nous friserons les sauvages ; notre poudre de riz se mêlera à tous les vents ! Tout pour le chic ! chic for ever ! Du matin au soir nous ferons des mots ! — Nous écrirons noire nom sur tous ks monuments ! nous blaguerons toutes les ruines, nous cracherons dans tous les précipices ! Tu ne t’ennuieras pas ! Grâce à la poste, maintenant, on reçoit n’importe où les journaux. Si l’occasion se présente de faire une affaire, un lac de pélro’e, quelque gisement de houille...

  PAUL, s’enfuyant.

  Horreur :

  JEANNE.

  Aimons-nous.

  PAUL.

  Pas de cette façon-là !

  JEANNE.

  Reviens !

  PAUL.

  Jamais !

  Il disparaît.

  DOMINIQUE, regardant de droite et de gauche.

  Comment ? décampé ! File était bien aimable pourtant !

  Il sort.

  SCÉ&CE Vlll

  JEANNE, COUTURIN.

  JEANNE, atterrée et considérant Couturin. Eli bien ? eh bien ?

  COUTURIN. Qu’as-tu donc ?

  JEANNE éclate e i sanglots, et s’appuyant sur l’épaule de Couturin :

  Ah ! je suis horriblement malheureuse !

  CHOEUR DE COUTURIERS ET MODISTES

  offrant les consolations puisées dans les douceurs de leur art.

  JEANNE les regarde quelque temps sans comprendre ; puis tout à coup :

  Misérables ! c’est vous qui en êtes cause avec vos fadeurs imbéciles. Allez-vous-en, mensonges du cœur et de la joue, hypocrisies, maquillages, faux sentiments, faux chignons, poitrines débraillées, âmes étroites ! Je liais tout cela ! Non ! non ! plus de tout cela !

  EU ; déchiré ses vèiinum

  Ou est-il ?... Je veux lui dire que je le trompais !... Paul ! Pau » !

  Elle court de cote et d’autre, tperdue. haletante, reniersiint tout devant elle. — Les couturiers et les modistes s’enfuient.

  Attends-moi ! réponds ! Je vais venir ! Me vois-tu ? Écoute ! Paul !

  Elle revient sir le devant de la scene, près de Couturin, qui est le Hci des Gnomes.

  Ah ! je l’ai perdu pour toujours !

  LE ROI.

  Par ta faute ! Tu t’y es mal prise !

  JEANNE.

  N’est-ce pas ? j’aurais dû me nommer ! LÈ ROI.

  Tu en serais morte, l’oublies-tu ?

  J eanNE.

  Ah ! mais que fallait-il donc faire ? Et c’est moi-même qui l’ai chassé ! Plutôt que de me contraindre dans tout ce factice qui m’étouffait le coeur, j’aurais dû lui parler simplement et ne pas l’étourdir par le caquet de mes élégances ineptes. Si j’avais été une autre, je lui aurais plu peut-être ? Il lui faudrait quelqu’un avec moins de fard aux pommettes, de sottises aux lèvres, de singeries dans les manières ; une femme... qui le gagnerait par la modestie de sa tendresse... une bonne épouse... une simple bourgeoise.

  LE ROI.

  Tu veux en être une ?

  JEANNE.

  Est-ce qu’il m’aimerait alors ?

  LE ROI.

  Je le pense !

  JEANNE.

  Comment le devenir ?

  LE ROI.

  Oli ! cela est facile !

  JEANNE.

  Fais donc !

  LE ROI.

  Tu l’exiges !

  JEAN N E. Oui î oui ! Ou Jonc le trouer ?

  LE ROI, Venir dînant p.ir la iii.u’i, .née autorité.

  Viens ! Par là ! Suis-moi !

  SIXIÈME TABLEAU

  LE ROYAUME DU POT-AU-FEU

  Le théâtre représente la place de ville, en hémicycle. Toutes les rues y aboutissent, de façon que l’on peut apercevoir d’un seul coup d’œil la ville entière. Les maisons, toutes pareilles et d’une architecture pitoyable, à façade nue, sont peintes en couleur chocolat, avec des réchampis blancs. Au milieu de la place, porté par un trépied et sur les charbons embrasés, bouillonne un gigantesque pot-au-feu.

  Autour du pot-au »feu, il y a, rangés en demi-cercle, des fauteuils de bureau en acajou, dans lesquels se tiennent assis les épiciers, tous en serpillière et en casquette de loutre. Derrière eux, des deux côtés de la scène, debout, les différentes corporations de la ville, portant des bannières, où l’on voit écrit : BUREAUCRATIE, SCIENCES, LITTERATURE, etc. Les savants ont des toques et des abat-jour verts ; les littérateurs, un mirliton et un encrier passés en bandoulière sur la hanche ; les bureaucrates, des bouts do manche de percale noire avec une plume de ter à l’oreille. Tous les citoyens portent la barbe en collier et ont (à l’exception des épiciers) des redingotes à la propriétaire et des cliapeaux-tromblons sur la téte.

  Le grand pontife, au milieu de la scène, derrière le pot-au-feu, faisant face au spectateur et monté sur un escabeau, dépasse la multitude. Des deux côtés, sur le devant, un groupe de collégiens, coiffés de képis, joue de l’accordéon. Aux fenêtres des maisons, il y a des femmes à bonnets tuyautés et en robe de laine brune ; sur les toits à tuiles rouges, des chats. Au-delà, un ciel gris.

  SCÈNE PREMIMÈRE

  La toile se lève aux sous nulancoliques des accordéons joués par les collégiens, et qui se prolongent quelque temps encore après quelle est entièrement levée. Puis il se fait un silence. On entend bouillonner le pot-au-feu tout doucement, et enfin le grand pontife commence.

 

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