Complete works of gustav.., p.396

Complete Works of Gustave Flaubert, page 396

 

Complete Works of Gustave Flaubert
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  Buvons, mangeons, forniquons !

  AETIUS

  Les crimes sont des besoins au-dessous du regard de Dieu !

  Mais tout à coup

  UN HOMME

  vêtu d’un manteau carthaginois, bondit au milieu d’eux, avec un paquet de lanières à la main ; et frappant au hasard de droite et de gauche, violemment :

  Ah ! imposteurs, brigands, simoniaques, hérétiques et démons ! la vermine des écoles, la lie de l’enfer ! Celui-là, Marcion, c’est un matelot de Sinope excommunié pour inceste ; on a banni Carpocras comme magicien ; Aetius a volé sa concubine, Nicolas prostitué sa femme ; et Manès, qui se fait appeler le Bouddha et qui se nomme Cubricus, fut écorché vif avec une pointe de roseau, si bien que sa peau tannée se balance aux portes de Clésiphon !

  ANTOINE

  a reconnu Tertullien, et s’élance pour le rejoindre :

  Maître ! à moi ! à moi !

  TERTULLIEN

  continuant :

  Brisez les images ! voilez les vierges ! Priez, jeûnez, pleurez, mortifiez-vous ! Pas de philosophie ! pas de livres ! après Jésus, la science est inutile !

  Tous ont fui ; et Antoine voit, à la place de Tertullien, une femme assise sur un banc de pierre.

  Elle sanglote, la tête appuyée contre une colonne, les cheveux pendants, le corps affaissé dans une longue simarre brune.

  Puis, ils se trouvent l’un près de l’autre, loin de la foule ; — et un silence, un apaisement extraordinaire s’est fait, comme dans les bois, quand le vent s’arrête et que les feuilles tout à coup ne remuent plus.

  Cette femme est très-belle, flétrie pourtant et d’une pâleur de sépulcre. Ils se regardent ; et leurs yeux s’envoient comme un flot de pensées, mille choses anciennes, confuses et profondes. Enfin,

  PRISCILLA

  se met à dire :

  J’étais dans la dernière chambre des bains, et je m’endormais au bourdonnement des rues.

  Tout à coup j’entendis des clameurs. On criait : « C’est un magicien ! c’est le Diable ! » Et la foule s’arrêta devant notre maison, en face du temple d’Esculape. Je me haussai avec les poignets jusqu’à la hauteur du soupirail.

  Sur le péristyle du temple, il y avait un homme qui portait un carcan de fer à son cou. Il prenait des charbons dans un réchaud, et il s’en faisait sur la poitrine de larges traînées, en appelant « Jésus, Jésus ! » Le peuple disait : « Cela n’est pas permis ! lapidons-le ! » Lui, il continuait. C’étaient des choses inouïes, transportantes. Des fleurs larges comme le soleil tournaient devant mes yeux, et j’entendais dans les espaces une harpe d’or vibrer. Le jour tomba. Mes bras lâchèrent les barreaux, mon corps défaillit, et quand il m’eut emmenée à sa maison …

  ANTOINE

  De qui donc parles-tu ?

  PRISCILLA

  Mais, de Montanus !

  ANTOINE

  Il est mort, Montanus.

  PRISCILLA

  Ce n’est pas vrai !

  UNE VOIX

  Non, Montanus n’est pas mort !

  Antoine se retourne ; et près de lui, de l’autre côté, sur le banc, une seconde femme est assise, — blonde celle-là, et encore plus pâle, avec des bouffissures sous les paupières comme si elle avait longtemps pleuré. Sans qu’il l’interroge, elle dit :

  MAXIMILLA

  Nous revenions de Tarse par les montagnes, lorsqu’à un détour du chemin, nous vîmes un homme sous un figuier.

  Il cria de loin : « Arrêtez-vous ! » et il se précipita en nous injuriant.

  Les esclaves accoururent. Il éclata de rire. Les chevaux se cabrèrent.

  Les molosses hurlaient tous.

  Il était debout. La sueur coulait sur son visage. Le vent faisait claquer son manteau.

  En nous appelant par nos noms, il nous reprochait la vanité de nos oeuvres, l’infamie de nos corps ; — et il levait le poing du côté des dromadaires, à cause des clochettes d’argent qu’ils portent sous la mâchoire.

  Sa fureur me versait l’épouvante dans les entrailles ; c’était pourtant comme une volupté qui me berçait, m’enivrait.

  D’abord, les esclaves s’approchèrent. « Maître, dirent-ils, nos bêtes sont fatiguées » ; puis ce furent les femmes : « Nous avons peur », et les esclaves s’en allèrent. Puis, les enfants se mirent à pleurer : « Nous avons faim ! » Et comme on n’avait pas répondu aux femmes, elles disparurent.

  Lui, il parlait. Je sentis quelqu’un près de moi. C’était l’époux ; j’écoutais l’autre. Il se traîna parmi les pierres en s’écriant « Tu m’abandonnes ? » et je répondis : « Oui ! va-t’en ! » — afin d’accompagner Montanus.

  ANTOINE

  Un eunuque !

  PRISCILLA

  Ah ! cela t’étonne, coeur grossier ! Cependant Madeleine, Jeanne, Marthe et Suzanne n’entraient pas dans la couche du Sauveur. Les âmes, mieux que les corps, peuvent s’étreindre avec délire. Pour conserver impunément Eustolie, Léonce l’évêque se mutila, — aimant mieux son amour que sa virilité. Et puis, ce n’est pas ma faute ; un esprit m’y contraint ; Sotas n’a pu me guérir. Il est cruel, pourtant ! Qu’importe ! Je suis la dernière des prophétesses ; et après moi, la fin du monde viendra.

  MAXIMILLA

  Il m’a comblé de ses dons. Aucune d’ailleurs ne l’aime autant, — et n’en est plus aimée !

  PRISCILLA

  Tu mens ! c’est moi !

  MAXIMILLA

  Non, c’est moi !

  Elles se battent.

  Entre leurs épaules paraît la tête d’un nègre.

  MONTANUS

  couvert d’un manteau noir, fermé par deux os de mort :

  Apaisez-vous, mes colombes ! Incapables du bonheur terrestre, nous sommes par cette union dans la plénitude spirituelle. Après l’âge du Père, l’âge du Fils ; et j’inaugure le troisième, celui du Paraclet. Sa lumière m’est venue durant les quarante nuits que la Jérusalem céleste a brillé dans le firmament, au-dessus de ma maison, à Pepuza.

  Ah ! comme vous criez d’angoisse quand les lanières vous flagellent ! comme vos membres endoloris se présentent à mes ardeurs ! comme vous languissez sur ma poitrine, d’un irréalisable amour ! Il est si fort qu’il vous a découvert des mondes, et vous pouvez maintenant apercevoir les âmes avec vos yeux.

  Antoine fait un geste d’étonnement.

  TERTULLIEN

  revenu près de Montanus :

  Sans doute, puisque l’âme a un corps, — ce qui n’a point de corps n’existant pas.

  MONTANUS

  Pour la rendre plus subtile, j’ai institué des mortifications nombreuses, trois carêmes par an, et pour chaque nuit des prières où l’on ferme la bouche, — de peur que l’haleine en s’échappant ne ternisse la pensée. Il faut s’abstenir des secondes noces, ou plutôt de tout mariage ! Les anges ont péché avec les femmes.

  LES ARCONTIQUES

  en cilices de crins :

  Le Sauveur a dit : « Je suis venu pour détruire l’oeuvre de la Femme. »

  LES TATIANIENS

  en cilices de joncs :

  L’arbre du mal c’est elle ! Les habits de peau sont notre corps.

  Et, avançant toujours du même côté, Antoine rencontre

  LES VALÉSIENS

  étendus par terre, avec des plaques rouges au bas du ventre, sous leur tunique.

  Ils lui présentent un couteau :

  Fais comme Origène et comme nous ! Est-ce la douleur que tu crains, lâche ? Est-ce l’amour de ta chair qui te retient, hypocrite ?

  Et pendant qu’il est à les regarder se débattre, étendus sur le dos dans les mares de leur sang,

  LES CAÏNITES

  les cheveux, noués par une vipère, passent près de lui, en vociférant à son oreille :

  Gloire à Caïn ! gloire à Sodome ! gloire à Judas !

  Caïn fit la race des forts. Sodome épouvanta la terre avec son châtiment ; et c’est par Judas que Dieu sauva le monde ! — Oui, Judas ! sans lui pas de mort et pas de rédemption !

  Ils disparaissent sous la horde des

  CIRCONCELLIONS

  vêtus de peaux de loup, couronnés d’épines, et portant des masques de fer :

  Écrasez le fruit ! troublez la source ! noyez l’enfant ! Pillez le riche qui se trouve heureux, qui mange beaucoup ! Battez le pauvre qui envie la housse de l’âne, le repas du chien, le nid de l’oiseau, et qui se désole parce que les autres ne sont pas des misérables comme lui.

  Nous, les Saints, pour hâter la fin du monde, nous empoisonnons, brûlons, massacrons !

  Le salut n’est que dans le martyre. Nous nous donnons le martyre. Nous enlevons avec des tenailles la peau de nos têtes, nous étalons nos membres sous les charrues, nous nous jetons dans la gueule des fours !

  Honni le baptême ! honnie l’eucharistie ! honni le mariage ! damnation universelle !

  Alors, dans toute la basilique, c’est un redoublement de fureurs.

  Les Audiens tirent des flèches contre le Diable ; les Collyridiens lancent au plafond des voiles bleus ; les Ascites se prosternent devant une outre ; les Marcionites baptisent un mort avec de l’huile. Auprès d’Appelles, une femme, pour expliquer mieux son idée, fait voir un pain rond dans une bouteille ; une autre, au milieu des Sampséens, distribue, comme une hostie, la poussière de ses sandales. Sur le lit des Marcosiens jonché de roses, deux amants s’embrassent. Les Circoncellions s’entr’égorgent, les Valésiens râlent, Bardesane chante, Carpocras danse, Maximilla et Priscilla poussent des gémissements sonores ; — et la fausse prophétesse de Cappadoce, toute nue, accoudée sur un lion et secouant trois flambeaux, hurle l’Invocation-Terrible.

  Les colonnes se balancent comme des troncs d’arbres, les amulettes aux cous des Hérésiarques entre-croisent des lignes de feux, les constellations dans les chapelles s’agitent, et les murs reculent sous le va-et-vient de la foule, dont chaque tête est un flot qui saute et rugit.

  Cependant, — du fond même de la clameur, une chanson s’élève avec des éclats de rire, où le nom de Jésus revient.

  Ce sont des gens de la plèbe, tous frappant dans leurs mains pour marquer la cadence. Au milieu d’eux est

  ARIUS

  en costume de diacre.

  Les fous qui déclament contre moi prétendent expliquer l’absurde ; et pour les perdre tout à fait, j’ai composé des petits poëmes tellement drôles, qu’on les sait par coeur dans les moulins, les tavernes et les ports.

  Mille fois non ! le Fils n’est pas coéternel au Père, ni de même substance ! Autrement il n’aurait pas dit : « Père, éloigne de moi ce calice ! — Pourquoi m’appelez-vous bon ? Dieu seul est bon ! — Je vais à mon Dieu, à votre Dieu ! » et d’autres paroles attestant sa qualité de créature. Elle nous est démontrée, de plus, par tous ses noms : agneau, pasteur, fontaine, sagesse, fils de l’homme, prophète, bonne voie, pierre angulaire !

  SABELLIUS

  Moi, je soutiens que tous deux sont identiques.

  ARIUS

  Le concile d’Antioche a décidé le contraire.

  ANTOINE

  Qu’est-ce donc que le Verbe ?… Qu’était Jésus ?

  LES VALENTINIENS

  C’était l’époux d’Acharamoth repentie !

  LES SETHIANIENS

  C’était Sem, fils de Noé !

  LES THÉODOTIENS

  C’était Melchisédech !

  LES MÉRINTHIENS

  Ce n’était rien qu’un homme !

  LES APOLLINARISTES

  Il en a pris l’apparence ! il a simulé la Passion.

  MARCEL D’ANCYRE

  C’est un développement du Père !

  LE PAPE CALIXTE

  Père et Fils sont les deux modes d’un seul Dieu !

  MÉTHODIUS

  Il fut d’abord dans Adam, puis dans l’homme !

  CÉRINTHE

  Et il ressuscitera !

  VALENTIN

  Impossible, — son corps étant céleste !

  PAUL DE SAMOSATE

  Il n’est Dieu que depuis son baptême !

  HERMOGÈNE

  Il habite le soleil !

  Et tous les hérésiarques font un cercle autour d’Antoine, qui pleure, la tête dans ses mains.

  UN JUIF

  à barbe rouge, et la peau maculée de lèpre, s’avance tout près de lui ; — et ricanant horriblement :

  Son âme était l’âme d’Esaü ! Il souffrait de la maladie bellérophontienne ; et sa mère, la parfumeuse, s’est livrée à Pantherus, un soldat romain, sur des gerbes de maïs, un soir de moisson.

  ANTOINE

  vivement, relève sa tête, les regarde sans parler ; puis marchant droit sur eux :

  Docteurs, magiciens, évêques et diacres, hommes, arrière ! arrière ! Vous êtes tous des mensonges !

  LES HÉRÉSIARQUES

  Nous avons des martyrs plus martyrs que les tiens, des prières plus difficiles, des élans d’amour supérieurs, des extases aussi longues.

  ANTOINE

  Mais pas de révélation ! pas de preuves !

  Alors tous brandissent dans l’air des rouleaux de papyrus, des tablettes de bois, des morceaux de cuir, des bandes d’étoffes ; — et se poussant les uns les autres :

  LES CÉRINTHIENS

  Voilà l’Évangile des Hébreux !

  LES MARCIONITES

  L’Évangile du Seigneur !

  LES MARCOSIENS

  L’Évangile d’Ève !

  LES ENCRATITES

  L’Évangile de Thomas !

  LES CAÏNITES

  L’Évangile de Judas !

  BASILIDE

  Le traité de l’âme advenue !

  MANÈS

  La prophétie de Barcouf !

  Antoine se débat, leur échappe ; — et il aperçoit dans un coin, plein d’ombre,

  LES VIEUX ÉBIONITES

  desséchés comme des momies, le regard éteint, les sourcils blancs.

  Ils disent, d’une voix chevrotante :

  Nous l’avons connu, nous autres, nous l’avons connu le fils du charpentier ! Nous étions de son âge, nous habitions dans sa rue. Il s’amusait avec de la boue à modeler des petits oiseaux, sans avoir peur du coupant des tailloirs, aidait son père dans son travail, ou assemblait pour sa mère des pelotons de laine teinte. Puis, il fit un voyage en Égypte, d’où il rapporta de grands secrets. Nous étions à Jéricho, quand il vint trouver le mangeur de sauterelles. Ils causèrent à voix basse, sans que personne pût les entendre. Mais c’est à partir de ce moment qu’il fit du bruit en Galilée et qu’on a débité sur son compte beaucoup de fables.

  Ils répètent, en tremblotant :

  Nous l’avons connu, nous autres ! nous l’avons connu !

  ANTOINE

  Ah ! encore, parlez ! parlez ! Comment était son visage ?

  TERTULLIEN

  D’un aspect farouche et repoussant ; — car il s’était chargé de tous les crimes, toutes les douleurs, et toutes les difformités du monde.

  ANTOINE

  Oh ! non ! non ! Je me figure, au contraire, que toute sa personne avait une beauté plus qu’humaine.

  EUSÈBE DE CÉSARÉE

  Il y a bien à Paneades, contre une vieille masure, dans un fouillis d’herbes, une statue de pierre, élevée, à ce qu’on prétend, par l’hémorroïdesse. Mais le temps lui a rongé la face, et les pluies ont gâté l’inscription.

  Une femme sort du groupe des Carpocratiens.

  MARCELLINA

  Autrefois, j’étais diaconesse à Rome dans une petite église, où je faisais voir aux fidèles les images en argent de saint Paul, d’Homère, de Pythagore et de Jésus-Christ.

  Je n’ai gardé que la sienne.

  Elle entr’ouvre son manteau.

  La veux-tu ?

  UNE VOIX

  Il reparaît, lui-même, quand nous l’appelons ! c’est l’heure ! Viens !

  Et Antoine sent tomber sur son bras une main brutale, qui l’entraîne.

  Il monte un escalier complètement obscur ; — et après bien des marches, il arrive devant une porte.

  Alors, celui qui le mène (est-ce Hilarion ? il n’en sait rien) dit à l’oreille d’un autre : « Le Seigneur va venir », — et ils sont introduits dans une chambre, basse de plafond, sans meubles.

  Ce qui le frappe d’abord, c’est en face de lui une longue chrysalide couleur de sang, avec une tête d’homme d’où s’échappent des rayons, et le mot Knouphis, écrit en grec tout autour. Elle domine un fût de colonne, posé au milieu d’un piédestal. Sur les autres parois de la chambre, des médaillons en fer poli représentent des têtes d’animaux, celle d’un boeuf, d’un lion, d’un aigle, d’un chien, et la tête d’âne — encore !

  Les lampes d’argile, suspendues au bas de ces images, font une lumière vacillante. Antoine, par un trou de la muraille, aperçoit la lune qui brille au loin sur les flots, et même il distingue leur petit clapotement régulier, avec le bruit sourd d’une carène de navire tapant contre les pierres d’un môle.

  Des hommes accroupis, la figure sous leurs manteaux, lancent, par intervalles, comme un aboiement étouffé. Des femmes sommeillent, le front sur leurs deux bras que soutiennent leurs genoux, tellement perdues dans leurs voiles qu’on dirait des tas de hardes le long du mur. Auprès d’elles, des enfants demi-nus, tout dévorés de vermine, regardent d’un air idiot les lampes brûler ; — et on ne fait rien ; on attend quelque chose.

  Ils parlent à voix basse de leurs familles, ou se communiquent des remèdes pour leurs maladies. Plusieurs vont s’embarquer au point du jour, la persécution devenant trop forte. Les païens pourtant ne sont pas difficiles à tromper. « Ils croient, les sots, que nous adorons Knouphis ! »

  Mais un des frères, inspiré tout à coup, se pose devant la colonne, où l’on a mis un pain qui surmonte une corbeille, pleine de fenouil et d’aristoloches.

  Les autres ont pris leurs places, formant debout trois lignes parallèles.

  L’INSPIRÉ

  déroulé une pancarte couverte de cylindres entremêlés, puis commence :

  Sur les ténèbres, le rayon du Verbe descendit et un cri violent s’échappa, qui semblait la voix de la lumière.

  TOUS

  répondent, en balançant leurs corps :

  Kyrie eleïson !

  L’INSPIRÉ

  L’homme, ensuite, fut créé par l’infâme Dieu d’Israël, avec l’auxiliaire de ceux-là :

  En désignant les médaillons,

  Astophaios, Oraïos, Sabaoth, Adonaï, Eloï, Iaô !

 

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