The french masters, p.494

The French Masters, page 494

 

The French Masters
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  Chapitre IX

  Le frère raconté par la sœur

  Pour donner une idée du ménage intérieur de M. l’évêque de Digne et de la façon dont ces deux saintes filles subordonnaient leurs actions, leurs pensées, même leurs instincts de femmes aisément effrayées, aux habitudes et aux intentions de l’évêque, sans qu’il eût même à prendre la peine de parler pour les exprimer, nous ne pouvons mieux faire que de transcrire ici une lettre de mademoiselle Baptistine à madame la vicomtesse de Boischevron, son amie d’enfance. Cette lettre est entre nos mains.

  « Digne, 16 décembre 18....

  « Ma bonne madame, pas un jour ne se passe sans que nous parlions de vous. C’est assez notre habitude, mais il y a une raison de plus. Figurez-vous qu’en lavant et époussetant les plafonds et les murs, madame Magloire a fait des découvertes ; maintenant nos deux chambres tapissées de vieux papier blanchi à la chaux ne dépareraient pas un château dans le genre du vôtre. Madame Magloire a déchiré tout le papier. Il y avait des choses dessous. Mon salon, où il n’y a pas de meubles, et dont nous nous servons pour étendre le linge après les lessives, a quinze pieds de haut, dix-huit de large carrés, un plafond peint anciennement avec dorure, des solives comme chez vous. C’était recouvert d’une toile, du temps que c’était l’hôpital. Enfin des boiseries du temps de nos grand’mères. Mais c’est ma chambre qu’il faut voir. Madame Magloire a découvert, sous au moins dix papiers collés dessus, des peintures, sans être bonnes, qui peuvent se supporter. C’est Télémaque reçu chevalier par Minerve, c’est lui encore dans les jardins. Le nom m’échappe. Enfin où les dames romaines se rendaient une seule nuit. Que vous dirai-je ? j’ai des romains, des romaines (ici un mot illisible), et toute la suite. Madame Magloire a débarbouillé tout cela, et cet été elle va réparer quelques petites avaries, revenir le tout, et ma chambre sera un vrai musée. Elle a trouvé aussi dans un coin du grenier deux consoles en bois, genre ancien. On demandait deux écus de six livres pour les redorer, mais il vaut bien mieux donner cela aux pauvres ; d’ailleurs c’est fort laid, et j’aimerais mieux une table ronde en acajou.

  « Je suis toujours bien heureuse. Mon frère est si bon. Il donne tout ce qu’il a aux indigents et aux malades. Nous sommes très gênés. Le pays est dur l’hiver, et il faut bien faire quelque chose pour ceux qui manquent. Nous sommes à peu près chauffés et éclairés. Vous voyez que ce sont de grandes douceurs.

  « Mon frère a ses habitudes à lui. Quand il cause, il dit qu’un évêque doit être ainsi. Figurez-vous que la porte de la maison n’est jamais fermée. Entre qui veut, et l’on est tout de suite chez mon frère. Il ne craint rien, même la nuit. C’est là sa bravoure à lui, comme il dit.

  « Il ne veut pas que je craigne pour lui, ni que madame Magloire craigne. Il s’expose à tous les dangers, et il ne veut même pas que nous ayons l’air de nous en apercevoir. Il faut savoir le comprendre.

  « Il sort par la pluie, il marche dans l’eau, il voyage en hiver. Il n’a pas peur de la nuit, des routes suspectes ni des rencontres.

  « L’an dernier, il est allé tout seul dans un pays de voleurs. Il n’a pas voulu nous emmener. Il est resté quinze jours absent. À son retour, il n’avait rien eu, on le croyait mort, et il se portait bien, et il a dit : «Voilà comme on m’a volé ! » Et il a ouvert une malle pleine de tous les bijoux de la cathédrale d’Embrun, que les voleurs lui avaient donnés.

  « Cette fois-là, en revenant, comme j’étais allée à sa rencontre à deux lieues avec d’autres de ses amis, je n’ai pu m’empêcher de le gronder un peu, en ayant soin de ne parler que pendant que la voiture faisait du bruit, afin que personne autre ne pût entendre.

  « Dans les premiers temps, je me disais : il n’y a pas de dangers qui l’arrêtent, il est terrible. À présent j’ai fini par m’y accoutumer. Je fais signe à madame Magloire pour qu’elle ne le contrarie pas. Il se risque comme il veut. Moi j’emmène madame Magloire, je rentre dans ma chambre, je prie pour lui, et je m’endors. Je suis tranquille, parce que je sais bien que s’il lui arrivait malheur, ce serait ma fin. Je m’en irais au bon Dieu avec mon frère et mon évêque. Madame Magloire a eu plus de peine que moi à s’habituer à ce qu’elle appelait ses imprudences. Mais à présent le pli est pris. Nous prions toutes les deux, nous avons peur ensemble, et nous nous endormons. Le diable entrerait dans la maison qu’on le laisserait faire. Après tout, que craignons-nous dans cette maison ? Il y a toujours quelqu’un avec nous, qui est le plus fort. Le diable peut y passer, mais le bon Dieu l’habite.

  « Voilà qui me suffit. Mon frère n’a plus même besoin de me dire un mot maintenant. Je le comprends sans qu’il parle, et nous nous abandonnons à la Providence.

  « Voilà comme il faut être avec un homme qui a du grand dans l’esprit.

  « J’ai questionné mon frère pour le renseignement que vous me demandez sur la famille de Faux. Vous savez comme il sait tout et comme il a des souvenirs, car il est toujours très bon royaliste. C’est de vrai une très ancienne famille normande de la généralité de Caen. Il y a cinq cents ans d’un Raoul de Faux, d’un Jean de Faux et d’un Thomas de Faux, qui étaient des gentilshommes, dont un seigneur de Rochefort. Le dernier était Guy-Étienne-Alexandre, et était maître de camp, et quelque chose dans les chevaux-légers de Bretagne. Sa fille Marie-Louise a épousé Adrien-Charles de Gramont, fils du duc Louis de Gramont, pair de France, colonel des gardes françaises et lieutenant général des armées. On écrit Faux, Fauq et Faoucq.

  « Bonne madame, recommandez-nous aux prières de votre saint parent, M. le cardinal. Quant à votre chère Sylvanie, elle a bien fait de ne pas prendre les courts instants qu’elle passe près de vous pour m’écrire. Elle se porte bien, travaille selon vos désirs, m’aime toujours. C’est tout ce que je veux. Son souvenir par vous m’est arrivé. Je m’en trouve heureuse. Ma santé n’est pas trop mauvaise, et cependant je maigris tous les jours davantage. Adieu, le papier me manque et me force de vous quitter. Mille bonnes choses.

  « Baptistine.

  « P. S. Madame votre belle-sœur est toujours ici avec sa jeune famille. Votre petit-neveu est charmant. Savez-vous qu’il a cinq ans bientôt ! Hier il a vu passer un cheval auquel on avait mis des genouillères, et il disait : «Qu’est-ce qu’il a donc aux genoux ? » Il est si gentil, cet enfant ! Son petit frère traîne un vieux balai dans l’appartement comme une voiture, et dit : «Hu ! »

  »Comme on le voit par cette lettre, ces deux femmes savaient se plier aux façons d’être de l’évêque avec ce génie particulier de la femme qui comprend l’homme mieux que l’homme ne se comprend. L’évêque de Digne, sous cet air doux et candide qui ne se démentait jamais, faisait parfois des choses grandes, hardies et magnifiques, sans paraître même s’en douter. Elles en tremblaient, mais elles le laissaient faire. Quelquefois madame Magloire essayait une remontrance avant ; jamais pendant ni après. Jamais on ne le troublait, ne fût-ce que par un signe, dans une action commencée. À de certains moments, sans qu’il eût besoin de le dire, lorsqu’il n’en avait peut-être pas lui-même conscience, tant sa simplicité était parfaite, elles sentaient vaguement qu’il agissait comme évêque ; alors elles n’étaient plus que deux ombres dans la maison. Elles le servaient passivement, et, si c’était obéir que de disparaître, elles disparaissaient. Elles savaient, avec une admirable délicatesse d’instinct, que certaines sollicitudes peuvent gêner. Aussi, même le croyant en péril, elles comprenaient, je ne dis pas sa pensée, mais sa nature, jusqu’au point de ne plus veiller sur lui. Elles le confiaient à Dieu.

  D’ailleurs Baptistine disait, comme on vient de le lire, que la fin de son frère serait la sienne. Madame Magloire ne le disait pas, mais elle le savait.

  Chapitre X

  L’évêque en présence d’une lumière inconnue

  À une époque un peu postérieure à la date de la lettre citée dans les pages précédentes, il fit une chose, à en croire toute la ville, plus risquée encore que sa promenade à travers les montagnes des bandits. Il y avait près de Digne, dans la campagne, un homme qui vivait solitaire. Cet homme, disons tout de suite le gros mot, était un ancien conventionnel. Il se nommait G.

  On parlait du conventionnel G. dans le petit monde de Digne avec une sorte d’horreur. Un conventionnel, vous figurez-vous cela ? Cela existait du temps qu’on se tutoyait et qu’on disait : citoyen. Cet homme était à peu près un monstre. Il n’avait pas voté la mort du roi, mais presque. C’était un quasi-régicide. Il avait été terrible. Comment, au retour des princes légitimes, n’avait-on pas traduit cet homme-là devant une cour prévôtale ? On ne lui eût pas coupé la tête, si vous voulez, il faut de la clémence, soit ; mais un bon bannissement à vie. Un exemple enfin ! etc., etc. C’était un athée d’ailleurs, comme tous ces gens-là. — Commérages des oies sur le vautour.

  Était-ce du reste un vautour que G. ? Oui, si l’on en jugeait par ce qu’il y avait de farouche dans sa solitude. N’ayant pas voté la mort du roi, il n’avait pas été compris dans les décrets d’exil et avait pu rester en France.

  Il habitait, à trois quarts d’heure de la ville, loin de tout hameau, loin de tout chemin, on ne sait quel repli perdu d’un vallon très sauvage. Il avait là, disait-on, une espèce de champ, un trou, un repaire. Pas de voisins ; pas même de passants. Depuis qu’il demeurait dans ce vallon, le sentier qui y conduisait avait disparu sous l’herbe. On parlait de cet endroit-là comme de la maison du bourreau. Pourtant l’évêque songeait, et de temps en temps regardait l’horizon à l’endroit où un bouquet d’arbres marquait le vallon du vieux conventionnel, et il disait :

  — Il y a là une âme qui est seule.

  Et au fond de sa pensée il ajoutait : « Je lui dois ma visite. »

  Mais, avouons-le, cette idée, au premier abord naturelle, lui apparaissait, après un moment de réflexion, comme étrange et impossible, et presque repoussante. Car, au fond, il partageait l’impression générale, et le conventionnel lui inspirait, sans qu’il s’en rendît clairement compte, ce sentiment qui est comme la frontière de la haine et qu’exprime si bien le mot éloignement.

  Toutefois, la gale de la brebis doit-elle faire reculer le pasteur ? Non. Mais quelle brebis !

  Le bon évêque était perplexe. Quelquefois il allait de ce côté-là, puis il revenait. Un jour enfin le bruit se répandit dans la ville qu’une façon de jeune pâtre qui servait le conventionnel G. dans sa bauge était venu chercher un médecin ; que le vieux scélérat se mourait, que la paralysie le gagnait, et qu’il ne passerait pas la nuit.

  — Dieu merci ! ajoutaient quelques-uns.

  L’évêque prit son bâton, mit son pardessus à cause de sa soutane un peu trop usée, comme nous l’avons dit, et aussi à cause du vent du soir qui ne devait pas tarder à souffler, et partit.

  Le soleil déclinait et touchait presque à l’horizon, quand l’évêque arriva à l’endroit excommunié. Il reconnut avec un certain battement de cœur qu’il était près de la tanière. Il enjamba un fossé, franchit une haie, leva un échalier, entra dans un courtil délabré, fit quelques pas assez hardiment, et tout à coup, au fond de la friche, derrière une haute broussaille, il aperçut la caverne.

  C’était une cabane toute basse, indigente, petite et propre, avec une treille clouée à la façade.

  Devant la porte, dans une vieille chaise à roulettes, fauteuil du paysan, il y avait un homme en cheveux blancs qui souriait au soleil.

  Près du vieillard assis se tenait debout un jeune garçon, le petit pâtre. Il tendait au vieillard une jatte de lait.

  Pendant que l’évêque regardait, le vieillard éleva la voix :

  — Merci, dit-il, je n’ai plus besoin de rien.

  Et son sourire quitta le soleil pour s’arrêter sur l’enfant.

  L’évêque s’avança. Au bruit qu’il fit en marchant, le vieux homme assis tourna la tête, et son visage exprima toute la quantité de surprise qu’on peut avoir après une longue vie.

  — Depuis que je suis ici, dit-il, voilà la première fois qu’on entre chez moi. Qui êtes-vous, monsieur ?

  L’évêque répondit :

  — Je me nomme Bienvenu Myriel.

  — Bienvenu Myriel ! j’ai entendu prononcer ce nom. Est-ce que c’est vous que le peuple appelle monseigneur Bienvenu ?

  — C’est moi.

  Le vieillard reprit avec un demi-sourire :

  — En ce cas, vous êtes mon évêque ?

  — Un peu.

  — Entrez, monsieur.

  Le conventionnel tendit la main à l’évêque, mais l’évêque ne la prit pas. L’évêque se borna à dire :

  — Je suis satisfait de voir qu’on m’avait trompé. Vous ne me semblez, certes, pas malade.

  — Monsieur, répondit le vieillard, je vais guérir.

  Il fit une pause et dit :

  — Je mourrai dans trois heures.

  Puis il reprit :

  — Je suis un peu médecin ; je sais de quelle façon la dernière heure vient. Hier, je n’avais que les pieds froids ; aujourd’hui, le froid a gagné les genoux ; maintenant je le sens qui monte jusqu’à la ceinture ; quand il sera au cœur, je m’arrêterai. Le soleil est beau, n’est-ce pas ? je me suis fait rouler dehors pour jeter un dernier coup d’œil sur les choses, vous pouvez me parler, cela ne me fatigue point. Vous faites bien de venir regarder un homme qui va mourir. Il est bon que ce moment-là ait des témoins. On a des manies ; j’aurais voulu aller jusqu’à l’aube. Mais je sais que j’en ai à peine pour trois heures. Il fera nuit. Au fait, qu’importe ! Finir est une affaire simple. On n’a pas besoin du matin pour cela. Soit. Je mourrai à la belle étoile.

  Le vieillard se tourna vers le pâtre.

  — Toi, va te coucher. Tu as veillé l’autre nuit. Tu es fatigué.

  L’enfant rentra dans la cabane.

  Le vieillard le suivit des yeux et ajouta comme se parlant à lui-même :

  — Pendant qu’il dormira, je mourrai. Les deux sommeils peuvent faire bon voisinage.

  L’évêque n’était pas ému comme il semble qu’il aurait pu l’être. Il ne croyait pas sentir Dieu dans cette façon de mourir. Disons tout, car les petites contradictions des grands cœurs veulent être indiquées comme le reste, lui qui, dans l’occasion, riait si volontiers de Sa Grandeur, il était quelque peu choqué de ne pas être appelé monseigneur, et il était presque tenté de répliquer : citoyen. Il lui vint une velléité de familiarité bourrue, assez ordinaire aux médecins et aux prêtres, mais qui ne lui était pas habituelle, à lui. Cet homme, après tout, ce conventionnel, ce représentant du peuple, avait été un puissant de la terre ; pour la première fois de sa vie peut-être, l’évêque se sentit en humeur de sévérité.

  Le conventionnel cependant le considérait avec une cordialité modeste, où l’on eût pu démêler l’humilité qui sied quand on est si près de sa mise en poussière.

  L’évêque, de son côté, quoiqu’il se gardât ordinairement de la curiosité, laquelle, selon lui, était contiguë à l’offense, ne pouvait s’empêcher d’examiner le conventionnel avec une attention qui, n’ayant pas sa source dans la sympathie, lui eût été probablement reprochée par sa conscience vis-à-vis de tout autre homme. Un conventionnel lui faisait un peu l’effet d’être hors la loi, même hors la loi de charité.

  G., calme, le buste presque droit, la voix vibrante, était un de ces grands octogénaires qui font l’étonnement du physiologiste. La révolution a eu beaucoup de ces hommes proportionnés à l’époque. On sentait dans ce vieillard l’homme à l’épreuve. Si près de sa fin, il avait conservé tous les gestes de la santé. Il y avait dans son coup d’œil clair, dans son accent ferme, dans son robuste mouvement d’épaules, de quoi déconcerter la mort. Azraël, l’ange mahométan du sépulcre, eût rebroussé chemin et eût cru se tromper de porte. G. semblait mourir parce qu’il le voulait bien. Il y avait de la liberté dans son agonie. Les jambes seulement étaient immobiles. Les ténèbres le tenaient par là. Les pieds étaient morts et froids, et la tête vivait de toute la puissance de la vie et paraissait en pleine lumière. G., en ce grave moment, ressemblait à ce roi du conte oriental, chair par en haut, marbre par en bas.

  Une pierre était là. L’évêque s’y assit. L’exorde fut ex abrupto.

  — Je vous félicite, dit-il du ton dont on réprimande. Vous n’avez toujours pas voté la mort du roi.

  Le conventionnel ne parut pas remarquer le sous-entendu amer caché dans ce mot : toujours. Il répondit. Tout sourire avait disparu de sa face.

  — Ne me félicitez pas trop, monsieur ; j’ai voté la fin du tyran.

  C’était l’accent austère en présence de l’accent sévère.

  — Que voulez-vous dire ? reprit l’évêque.

  — Je veux dire que l’homme a un tyran, l’ignorance. J’ai voté la fin de ce tyran-là. Ce tyran-là a engendré la royauté qui est l’autorité prise dans le faux, tandis que la science est l’autorité prise dans le vrai. L’homme ne doit être gouverné que par la science.

  — Et la conscience, ajouta l’évêque.

  — C’est la même chose. La conscience, c’est la quantité de science innée que nous avons en nous.

  Monseigneur Bienvenu écoutait, un peu étonné, ce langage très nouveau pour lui. Le conventionnel poursuivit :

  — Quant à Louis XVI, j’ai dit non. Je ne me crois pas le droit de tuer un homme ; mais je me sens le devoir d’exterminer le mal. J’ai voté la fin du tyran. C’est-à-dire la fin de la prostitution pour la femme, la fin de l’esclavage pour l’homme, la fin de la nuit pour l’enfant. En votant la république, j’ai voté cela. J’ai voté la fraternité, la concorde, l’aurore ! J’ai aidé à la chute des préjugés et des erreurs. Les écroulements des erreurs et des préjugés font de la lumière. Nous avons fait tomber le vieux monde, nous autres, et le vieux monde, vase des misères, en se renversant sur le genre humain, est devenu une urne de joie.

  — Joie mêlée, dit l’évêque.

  — Vous pourriez dire joie troublée, et aujourd’hui, après ce fatal retour du passé qu’on nomme 1814, joie disparue. Hélas, l’œuvre a été incomplète, j’en conviens ; nous avons démoli l’ancien régime dans les faits, nous n’avons pu entièrement le supprimer dans les idées. Détruire les abus, cela ne suffit pas ; il faut modifier les mœurs. Le moulin n’y est plus, le vent y est encore.

 

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