The french masters, p.713
The French Masters, page 713
Et si maître Ned Land n’eut pas à se repentir de sa gloutonnerie en cette circonstance, c’est que l’huître est le seul mets qui ne provoque jamais d’indigestion. En effet, il ne faut pas moins de seize douzaines de ces mollusques acéphales pour fournir les trois cent quinze grammes de substance azotée, nécessaires à la nourriture quotidienne d’un seul homme.
Le 25 décembre, le Nautilus naviguait au milieu de l’archipel des Nouvelles-Hébrides, que Quiros découvrit en 1606, que Bougainville explora en 1768, et auquel Cook donna son nom actuel en 1773. Ce groupe se compose principalement de neuf grandes îles, et forme une bande de cent vingt lieues du nord-nord-ouest au sud-sud-est, comprise entre 15° et 2° de latitude sud, et entre 164° et 168° de longitude. Nous passâmes assez près de l’île d’Aurou, qui, au moment des observations de midi, m’apparut comme une masse de bois verts, dominée par un pic d’une grande hauteur.
Ce jour-là, c’était Noël, et Ned Land me sembla regretter vivement la célébration du “Christmas”, la véritable fête de la famille, dont les protestants sont fanatiques.
Je n’avais pas aperçu le capitaine Nemo depuis une huitaine de jours, quand le 27, au matin, il entra dans le grand salon, ayant toujours l’air d’un homme qui vous a quitté depuis cinq minutes. J’étais occupé à reconnaître sur le planisphère la route du Nautilus. Le capitaine s’approcha, posa un doigt sur un point de la carte, et prononça ce seul mot :
“Vanikoro.”
Ce nom fut magique. C’était le nom des îlots sur lesquels vinrent se perdre les vaisseaux de La Pérouse. Je me relevai subitement.
“Le Nautilus nous porte à Vanikoro ? demandai-je.
— Oui, monsieur le professeur, répondit le capitaine.
— Et je pourrai visiter ces îles célèbres où se brisèrent la Boussole et l’Astrolabe ?
— Si cela vous plaît, monsieur le professeur.
— Quand serons-nous à Vanikoro ?
— Nous y sommes, monsieur le professeur.”
Suivi du capitaine Nemo, je montait sur la plate-forme, et de là, mes regards parcoururent avidement l’horizon.
Dans le nord-est émergeaient deux îles volcaniques d’inégale grandeur, entourées d’un récif de coraux qui mesurait quarante milles de circuit. Nous étions en présence de l’île de Vanikoro proprement dite, à laquelle Dumont d’Urville imposa le nom d’île de la Recherche, et précisément devant le petit havre de Vanou, situé par 16°4’ de latitude sud, et 164°32’ de longitude est. Les terres semblaient recouvertes de verdure depuis la plage jusqu’aux sommets de l’intérieur, que dominait le mont Kapogo, haut de quatre cent soixante-seize toises.
Le Nautilus, après avoir franchi la ceinture extérieure de roches par une étroite passe, se trouva en dedans des brisants, où la mer avait une profondeur de trente à quarante brasses. Sous le verdoyant ombrage des palétuviers, j’aperçus quelques sauvages qui montrèrent une extrême surprise à notre approche. Dans ce long corps noirâtre, s’avançant à fleur d’eau, ne voyaient-ils pas quelque cétacé formidable dont ils devaient se défier ?
En ce moment, le capitaine Nemo me demanda ce que je savais du naufrage de La Pérouse.
“Ce que tout le monde en sait, capitaine, lui répondis-je.
— Et pourriez-vous m’apprendre ce que tout le monde en sait ? me demanda-t-il d’un ton un peu ironique.
— Très facilement.”
Je lui racontai ce que les derniers travaux de Dumont d’Urville avaient fait connaître, travaux dont voici le résumé très succinct.
La Pérouse et son second, le capitaine de Langle, furent envoyés par Louis XVI, en 1785, pour accomplir un voyage de circumnavigation. Ils montaient les corvettes la Boussole et l’Astrolabe, qui ne reparurent plus.
En 1791, le gouvernement français, justement inquiet du sort des deux corvettes. arma deux grandes flûtes, la Recherche et l’Espérance, qui quittèrent Brest, le 28 septembre, sous les ordres de Bruni d’Entrecasteaux. Deux mois après, on apprenait par la déposition d’un certain Bowen, commandant l’Albermale, que des débris de navires naufragés avaient été vus sur les côtes de la Nouvelle-Géorgie. Mais d’Entrecasteaux, ignorant cette communication, - assez incertaine, d’ailleurs - se dirigea vers les îles de l’Amirauté, désignées dans un rapport du capitaine Hunter comme étant le lieu du naufrage de La Pérouse.
Ses recherches furent vaines. L’Espérance et la Recherche passèrent même devant Vanikoro sans s’y arrêter, et, en somme, ce voyage fut très malheureux, car il coûta la vie à d’Entrecasteaux, à deux de ses seconds et à plusieurs marins de son équipage.
Ce fut un vieux routier du Pacifique, le capitaine Dillon, qui, le premier, retrouva des traces indiscutables des naufragés. Le 15 mai 1824, son navire, le Saint-Patrick, passa près de l’île de Tikopia, l’une des Nouvelles-Hébrides. Là, un lascar, l’ayant accosté dans une pirogue, lui vendit une poignée d’épée en argent qui portait l’empreinte de caractères gravés au burin. Ce lascar prétendait, en outre, que, six ans auparavant, pendant un séjour à Vanikoro, il avait vu deux Européens qui appartenaient à des navires échoués depuis de longues années sur les récifs de l’île.
Dillon devina qu’il s’agissait des navires de La Pérouse, dont la disparition avait ému le monde entier. Il voulut gagner Vanikoro, où, suivant le lascar, se trouvaient de nombreux débris du naufrage ; mais les vents et les courants l’en empêchèrent.
Dillon revint à Calcutta. Là, il sut intéresser à sa découverte la Société Asiatique et la Compagnie des Indes. Un navire, auquel on donna le nom de la Recherche, fut mis à sa disposition, et il partit, le 23 janvier 1827, accompagné d’un agent français.
La Recherche, après avoir relâché sur plusieurs points du Pacifique, mouilla devant Vanikoro, le 7 juillet 1827, dans ce même havre de Vanou, où le Nautilus flottait en ce moment.
Là, il recueillit de nombreux restes du naufrage, des ustensiles de fer, des ancres, des estropes de poulies, des pierriers, un boulet de dix-huit, des débris d’instruments d’astronomie, un morceau de couronnement, et une cloche en bronze portant cette inscription : “Bazin m’a fait”, marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785. Le doute n’était donc plus possible.
Dillon, complétant ses renseignements, resta sur le lieu du sinistre jusqu’au mois d’octobre. Puis, il quitta Vanikoro, se dirigea vers la Nouvelle-Zélande, mouilla à Calcutta, le 7 avril 1828, et revint en France, où il fut très sympathiquement accueilli par Charles X.
Mais, à ce moment, Dumont d’Urville, sans avoir eu connaissance des travaux de Dillon, était déjà parti pour chercher ailleurs le théâtre du naufrage. Et, en effet, on avait appris par les rapports d’un baleinier que des médailles et une croix de Saint-Louis se trouvaient entre les mains des sauvages de la Louisiade et de la Nouvelle-Calédonie.
Dumont d’Urville, commandant l’Astrolabe, avait donc pris la mer, et, deux mois après que Dillon venait de quitter Vanikoro, il mouillait devant Hobart-Town. Là, il avait connaissance des résultats obtenus par Dillon, et, de plus, il apprenait qu’un certain James Hobbs, second de l’Union, de Calcutta, ayant pris terre sur une île située par 8°18’ de latitude sud et 156°30’ de longitude est, avait remarqué des barres de fer et des étoffes rouges dont se servaient les naturels de ces parages.
Dumont d’Urville, assez perplexe, et ne sachant s’il devait ajouter foi à ces récits rapportés par des journaux peu dignes de confiance, se décida cependant à se lancer sur les traces de Dillon.
Le 10 février 1828, I ‘Astrolabe se présenta devant Tikopia, prit pour guide et interprète un déserteur fixé sur cette île, fit route vers Vanikoro, en eut connaissance le 12 février, prolongea ses récifs jusqu’au 14, et, le 20 seulement, mouilla au-dedans de la barrière, dans le havre de Vanou.
Le 23, plusieurs des officiers firent le tour de l’île, et rapportèrent quelques débris peu importants. Les naturels, adoptant un système de dénégations et de faux-fuyants, refusaient de les mener sur le lieu du sinistre. Cette conduite, très louche, laissa croire qu’ils avaient maltraité les naufragés, et, en effet, ils semblaient craindre que Dumont d’Urville ne fût venu venger La Pérouse et ses infortunés compagnons.
Cependant, le 26, décidés par des présents, et comprenant qu’ils n’avaient à craindre aucune représaille, ils conduisirent le second, M. Jacquinot, sur le théâtre du naufrage.
Là, par trois ou quatre brasses d’eau, entre les récifs Pacou et Vanou, gisaient des ancres, des canons, des saumons de fer et de plomb, empâtés dans les concrétions calcaires. La chaloupe et la baleinière de l’Astrolabe furent dirigées vers cet endroit, et, non sans de longues fatigues, leurs équipages parvinrent à retirer une ancre pesant dix-huit cents livres, un canon de huit en fonte, un saumon de plomb et deux pierriers de cuivre.
Dumont d’Urville, interrogeant les naturels, apprit aussi que La Pérouse, après avoir perdu ses deux navires sur les récifs de l’île, avait construit un bâtiment plus petit, pour aller se perdre une seconde fois... Où ? On ne savait.
Le commandant de l’Astrolabe fit alors élever, sous une touffe de mangliers, un cénotaphe à la mémoire du célèbre navigateur et de ses compagnons. Ce fut une simple pyramide quadrangulaire, assise sur une base de coraux, et dans laquelle n’entra aucune ferrure qui pût tenter la cupidité des naturels.
Puis, Dumont d’Urville voulut partir ; mais ses équipages étaient minés par les fièvres de ces côtes malsaines, et, très malade lui-même, il ne put appareiller que le 17 mars.
Cependant, le gouvernement français, craignant que Dumont d’Urville ne fût pas au courant des travaux de Dillon, avait envoyé à Vanikoro la corvette la Bayonnaise, commandée par Legoarant de Tromelin, qui était en station sur la côte ouest de l’Amérique. La Bayonnaise mouilla devant Vanikoro, quelques mois après le départ de l’Astrolabe, ne trouva aucun document nouveau, mais constata que les sauvages avaient respecté le mausolée de La Pérouse.
Telle est la substance du récit que je fis au capitaine Nemo.
“Ainsi, me dit-il, on ne sait encore où est allé périr ce troisième navire construit par les naufragés sur l’île de Vanikoro ?
— On ne sait.”
Le capitaine Nemo ne répondit rien, et me fit signe de le suivre au grand salon. Le Nautilus s’enfonça de quelques mètres au-dessous des flots, et les panneaux s’ouvrirent.
Je me précipitai vers la vitre, et sous les empâtements de coraux, revêtus de fongies, de syphonules, d’alcyons, de cariophyllées, à travers des myriades de poissons charmants, des girelles, des glyphisidons, des pomphérides, des diacopes, des holocentres, je reconnus certains débris que les dragues n’avaient pu arracher, des étriers de fer, des ancres, des canons, des boulets, une garniture de cabestan, une étrave, tous objets provenant des navires naufragés et maintenant tapissés de fleurs vivantes.
Et pendant que je regardais ces épaves désolées, le capitaine Nemo me dit d’une voix grave :
“Le commandant La Pérouse partit le 7 décembre 1785 avec ses navires la Boussole et l’Astrolabe. Il mouilla d’abord à Botany-Bay, visita l’archipel des Amis, la Nouvelle-Calédonie, se dirigea vers Santa-Cruz et relâcha à Namouka, l’une des îles du groupe Hapaï. Puis, ses navires arrivèrent sur les récifs inconnus de Vanikoro. La Boussole, qui marchait en avant, s’engagea sur la côte méridionale. L’Astrolabe vint à son secours et s’échoua de même. Le premier navire se détruisit presque immédiatement. Le second, engravé sous le vent, résista quelques jours. Les naturels firent assez bon accueil aux naufragés. Ceux-ci s’installèrent dans l’île, et construisirent un bâtiment plus petit avec les débris des deux grands. Quelques matelots restèrent volontairement à Vanikoro.
Les autres, affaiblis, malades, partirent avec La Pérouse. Ils se dirigèrent vers les îles Salomon, et ils périrent, corps et biens, sur la côte occidentale de l’île principale du groupe, entre les caps Déception et Satisfaction !
— Et comment le savez-vous ? m’écriai-je.
— Voici ce que j’ai trouvé sur le lieu même de ce dernier naufrage !”
Le capitaine Nemo me montra une boîte de ferblanc, estampillée aux armes de France, et toute corrodée par les eaux salines. Il l’ouvrit, et je vis une liasse de papiers jaunis, mais encore lisibles.
C’étaient les instructions même du ministre de la Marine au commandant La Pérouse, annotées en marge de la main de Louis XVI !
“Ah ! c’est une belle mort pour un marin ! dit alors le capitaine Nemo. C’est une tranquille tombe que cette tombe de corail, et fasse le ciel que, mes compagnons et moi, nous n’en ayons jamais d’autre !”
XX
LE DÉTROIT DE TORRÈS
Pendant la nuit du 27 au 28 décembre, le Nautilus abandonna les parages de Vanikoro avec une vitesse excessive. Sa direction était sud-ouest, et, en trois jours, il franchit les sept cent cinquante lieues qui séparent le groupe de La Pérouse de la pointe sud-est de la Papouasie.
Le ler janvier 1863, de grand matin, Conseil me rejoignit sur la plate-forme.
“Monsieur, me dit ce brave garçon, monsieur me permettra-t-il de lui souhaiter une bonne année ?
— Comment donc, Conseil, mais exactement comme si j’étais à Paris, dans mon cabinet du Jardin des Plantes. J’accepte tes voeux et je t’en remercie. Seulement, je te demanderai ce que tu entends par “une bonne année”, dans les circonstances où nous nous trouvons. Est-ce l’année qui amènera la fin de notre emprisonnement, ou l’année qui verra se continuer cet étrange voyage ?
— Ma foi, répondit Conseil, je ne sais trop que dire à monsieur. Il est certain que nous voyons de curieuses choses, et que, depuis deux mois, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer. La dernière merveille est toujours la plus étonnante, et si cette progression se maintient, je ne sais pas comment cela finira. M’est avis que nous ne retrouverons jamais une occasion semblable.
— Jamais, Conseil.
— En outre, monsieur Nemo, qui justifie bien son nom latin, n’est pas plus gênant que s’il n’existait pas.
— Comme tu le dis, Conseil.
— Je pense donc, n’en déplaise à monsieur, qu’une bonne année serait une année qui nous permettrait de tout voir...
— De tout voir, Conseil ? Ce serait peut-être long. Mais qu’en pense Ned Land ?
— Ned Land pense exactement le contraire de moi, répondit Conseil. C’est un esprit positif et un estomac impérieux. Regarder les poissons et toujours en manger ne lui suffit pas. Le manque de vin, de pain, de viande, cela ne convient guère à un digne Saxon auquel les beefsteaks sont familiers, et que le brandy ou le gin, pris dans une proportion modérée, n’effrayent guère !
— Pour mon compte, Conseil, ce n’est point là ce qui me tourmente, et je m’accommode très bien du régime du bord.
— Moi de même, répondit Conseil. Aussi je pense autant à rester que maître Land à prendre la fuite. Donc, si l’année qui commence n’est pas bonne pour moi, elle le sera pour lui, et réciproquement. De cette façon, il y aura toujours quelqu’un de satisfait. Enfin, pour conclure, je souhaite à monsieur ce qui fera plaisir à monsieur.
— Merci, Conseil. Seulement je te demanderai de remettre à plus tard la question des étrennes, et de les remplacer provisoirement par une bonne poignée de main. Je n’ai que cela sur moi.
— Monsieur n’a jamais été si généreux”, répondit Conseil.
Et là-dessus, le brave garçon s’en alla.
Le 2 janvier, nous avions fait onze mille trois cent quarante milles, soit cinq mille deux cent cinquante lieues, depuis notre point de départ dans les mers du Japon. Devant l’éperon du Nautilus s’étendaient les dangereux parages de la mer de corail, sur la côte nord-est de l’Australie. Notre bateau prolongeait à une distance de quelques milles ce redoutable banc sur lequel les navires de Cook faillirent se perdre, le 10 juin 1770. Le bâtiment que montait Cook donna sur un roc, et s’il ne coula pas, ce fut grâce à cette circonstance que le morceau de corail, détaché au choc, resta engagé dans la coque entr’ouverte.
J’aurais vivement souhaité de visiter ce récif long de trois cent soixante lieues, contre lequel la mer, toujours houleuse, se brisait avec une intensité formidable et comparable aux roulements du tonnerre. Mais en ce moment, les plans inclinés du Nautilus nous entraînaient à une grande profondeur, et je ne pus rien voir de ces hautes murailles coralligènes. Je dus me contenter des divers échantillons de poissons rapportés par nos filets. Je remarquai, entre autres, des germons, espèces de scombres grands comme des thons. aux flancs bleuâtres et rayés de bandes transversales qui disparaissent avec la vie de l’animal. Ces poissons nous accompagnaient par troupes et fournirent à notre table une chair excessivement délicate. On prit aussi un grand nombre de spares vertors, longs d’un demi-décimètre, ayant le goût de la dorade, et des pyrapèdes volants, véritables hirondelles sous-marines, qui, par les nuits obscures, rayent alternativement les airs et les eaux de leurs lueurs phosphorescentes. Parmi les mollusques et les zoophytes, je trouvai dans les mailles du chalut diverses espèces d’alcyoniaires, des oursins, des marteaux, des éperons, des. cadrans, des cérites, des hyalles. La flore était représentée par de belles algues flottantes, des laminaires et des macrocystes, imprégnées du mucilage qui transsudait à travers leurs pores, et parmi lesquelles je recueillis une admirable Nemastoma Geliniaroide, qui fut classée parmi les curiosités naturelles du musée.
Deux jours après avoir traversé la mer de Corail, le 4 janvier, nous eûmes connaissance des côtes de la Papouasie. A cette occasion, le capitaine Nemo m’apprit que son intention était de gagner l’océan Indien par le détroit de Torrès. Sa communication se borna là. Ned vit avec plaisir que cette route le rapprochait des mers européennes.
Ce détroit de Torrès est regardé comme non moins dangereux par les écueils qui le hérissent que par les sauvages habitants qui fréquentent ses côtes. Il sépare de la Nouvelle-Hollande la grande île de la Papouasie, nommée aussi Nouvelle-Guinée.
La Papouasie a quatre cents lieues de long sur cent trente lieues de large, et une superficie de quarante mille lieues géographiques. Elle est située, en latitude, entre 0°l9’ et 10°2’ sud, et en longitude, entre 128°23’ et 146°15’. A midi, pendant que le second prenait la hauteur du soleil, j’aperçus les sommets des monts Arfalxs, élevés par plans et terminés par des pitons aigus.
Le 25 décembre, le Nautilus naviguait au milieu de l’archipel des Nouvelles-Hébrides, que Quiros découvrit en 1606, que Bougainville explora en 1768, et auquel Cook donna son nom actuel en 1773. Ce groupe se compose principalement de neuf grandes îles, et forme une bande de cent vingt lieues du nord-nord-ouest au sud-sud-est, comprise entre 15° et 2° de latitude sud, et entre 164° et 168° de longitude. Nous passâmes assez près de l’île d’Aurou, qui, au moment des observations de midi, m’apparut comme une masse de bois verts, dominée par un pic d’une grande hauteur.
Ce jour-là, c’était Noël, et Ned Land me sembla regretter vivement la célébration du “Christmas”, la véritable fête de la famille, dont les protestants sont fanatiques.
Je n’avais pas aperçu le capitaine Nemo depuis une huitaine de jours, quand le 27, au matin, il entra dans le grand salon, ayant toujours l’air d’un homme qui vous a quitté depuis cinq minutes. J’étais occupé à reconnaître sur le planisphère la route du Nautilus. Le capitaine s’approcha, posa un doigt sur un point de la carte, et prononça ce seul mot :
“Vanikoro.”
Ce nom fut magique. C’était le nom des îlots sur lesquels vinrent se perdre les vaisseaux de La Pérouse. Je me relevai subitement.
“Le Nautilus nous porte à Vanikoro ? demandai-je.
— Oui, monsieur le professeur, répondit le capitaine.
— Et je pourrai visiter ces îles célèbres où se brisèrent la Boussole et l’Astrolabe ?
— Si cela vous plaît, monsieur le professeur.
— Quand serons-nous à Vanikoro ?
— Nous y sommes, monsieur le professeur.”
Suivi du capitaine Nemo, je montait sur la plate-forme, et de là, mes regards parcoururent avidement l’horizon.
Dans le nord-est émergeaient deux îles volcaniques d’inégale grandeur, entourées d’un récif de coraux qui mesurait quarante milles de circuit. Nous étions en présence de l’île de Vanikoro proprement dite, à laquelle Dumont d’Urville imposa le nom d’île de la Recherche, et précisément devant le petit havre de Vanou, situé par 16°4’ de latitude sud, et 164°32’ de longitude est. Les terres semblaient recouvertes de verdure depuis la plage jusqu’aux sommets de l’intérieur, que dominait le mont Kapogo, haut de quatre cent soixante-seize toises.
Le Nautilus, après avoir franchi la ceinture extérieure de roches par une étroite passe, se trouva en dedans des brisants, où la mer avait une profondeur de trente à quarante brasses. Sous le verdoyant ombrage des palétuviers, j’aperçus quelques sauvages qui montrèrent une extrême surprise à notre approche. Dans ce long corps noirâtre, s’avançant à fleur d’eau, ne voyaient-ils pas quelque cétacé formidable dont ils devaient se défier ?
En ce moment, le capitaine Nemo me demanda ce que je savais du naufrage de La Pérouse.
“Ce que tout le monde en sait, capitaine, lui répondis-je.
— Et pourriez-vous m’apprendre ce que tout le monde en sait ? me demanda-t-il d’un ton un peu ironique.
— Très facilement.”
Je lui racontai ce que les derniers travaux de Dumont d’Urville avaient fait connaître, travaux dont voici le résumé très succinct.
La Pérouse et son second, le capitaine de Langle, furent envoyés par Louis XVI, en 1785, pour accomplir un voyage de circumnavigation. Ils montaient les corvettes la Boussole et l’Astrolabe, qui ne reparurent plus.
En 1791, le gouvernement français, justement inquiet du sort des deux corvettes. arma deux grandes flûtes, la Recherche et l’Espérance, qui quittèrent Brest, le 28 septembre, sous les ordres de Bruni d’Entrecasteaux. Deux mois après, on apprenait par la déposition d’un certain Bowen, commandant l’Albermale, que des débris de navires naufragés avaient été vus sur les côtes de la Nouvelle-Géorgie. Mais d’Entrecasteaux, ignorant cette communication, - assez incertaine, d’ailleurs - se dirigea vers les îles de l’Amirauté, désignées dans un rapport du capitaine Hunter comme étant le lieu du naufrage de La Pérouse.
Ses recherches furent vaines. L’Espérance et la Recherche passèrent même devant Vanikoro sans s’y arrêter, et, en somme, ce voyage fut très malheureux, car il coûta la vie à d’Entrecasteaux, à deux de ses seconds et à plusieurs marins de son équipage.
Ce fut un vieux routier du Pacifique, le capitaine Dillon, qui, le premier, retrouva des traces indiscutables des naufragés. Le 15 mai 1824, son navire, le Saint-Patrick, passa près de l’île de Tikopia, l’une des Nouvelles-Hébrides. Là, un lascar, l’ayant accosté dans une pirogue, lui vendit une poignée d’épée en argent qui portait l’empreinte de caractères gravés au burin. Ce lascar prétendait, en outre, que, six ans auparavant, pendant un séjour à Vanikoro, il avait vu deux Européens qui appartenaient à des navires échoués depuis de longues années sur les récifs de l’île.
Dillon devina qu’il s’agissait des navires de La Pérouse, dont la disparition avait ému le monde entier. Il voulut gagner Vanikoro, où, suivant le lascar, se trouvaient de nombreux débris du naufrage ; mais les vents et les courants l’en empêchèrent.
Dillon revint à Calcutta. Là, il sut intéresser à sa découverte la Société Asiatique et la Compagnie des Indes. Un navire, auquel on donna le nom de la Recherche, fut mis à sa disposition, et il partit, le 23 janvier 1827, accompagné d’un agent français.
La Recherche, après avoir relâché sur plusieurs points du Pacifique, mouilla devant Vanikoro, le 7 juillet 1827, dans ce même havre de Vanou, où le Nautilus flottait en ce moment.
Là, il recueillit de nombreux restes du naufrage, des ustensiles de fer, des ancres, des estropes de poulies, des pierriers, un boulet de dix-huit, des débris d’instruments d’astronomie, un morceau de couronnement, et une cloche en bronze portant cette inscription : “Bazin m’a fait”, marque de la fonderie de l’Arsenal de Brest vers 1785. Le doute n’était donc plus possible.
Dillon, complétant ses renseignements, resta sur le lieu du sinistre jusqu’au mois d’octobre. Puis, il quitta Vanikoro, se dirigea vers la Nouvelle-Zélande, mouilla à Calcutta, le 7 avril 1828, et revint en France, où il fut très sympathiquement accueilli par Charles X.
Mais, à ce moment, Dumont d’Urville, sans avoir eu connaissance des travaux de Dillon, était déjà parti pour chercher ailleurs le théâtre du naufrage. Et, en effet, on avait appris par les rapports d’un baleinier que des médailles et une croix de Saint-Louis se trouvaient entre les mains des sauvages de la Louisiade et de la Nouvelle-Calédonie.
Dumont d’Urville, commandant l’Astrolabe, avait donc pris la mer, et, deux mois après que Dillon venait de quitter Vanikoro, il mouillait devant Hobart-Town. Là, il avait connaissance des résultats obtenus par Dillon, et, de plus, il apprenait qu’un certain James Hobbs, second de l’Union, de Calcutta, ayant pris terre sur une île située par 8°18’ de latitude sud et 156°30’ de longitude est, avait remarqué des barres de fer et des étoffes rouges dont se servaient les naturels de ces parages.
Dumont d’Urville, assez perplexe, et ne sachant s’il devait ajouter foi à ces récits rapportés par des journaux peu dignes de confiance, se décida cependant à se lancer sur les traces de Dillon.
Le 10 février 1828, I ‘Astrolabe se présenta devant Tikopia, prit pour guide et interprète un déserteur fixé sur cette île, fit route vers Vanikoro, en eut connaissance le 12 février, prolongea ses récifs jusqu’au 14, et, le 20 seulement, mouilla au-dedans de la barrière, dans le havre de Vanou.
Le 23, plusieurs des officiers firent le tour de l’île, et rapportèrent quelques débris peu importants. Les naturels, adoptant un système de dénégations et de faux-fuyants, refusaient de les mener sur le lieu du sinistre. Cette conduite, très louche, laissa croire qu’ils avaient maltraité les naufragés, et, en effet, ils semblaient craindre que Dumont d’Urville ne fût venu venger La Pérouse et ses infortunés compagnons.
Cependant, le 26, décidés par des présents, et comprenant qu’ils n’avaient à craindre aucune représaille, ils conduisirent le second, M. Jacquinot, sur le théâtre du naufrage.
Là, par trois ou quatre brasses d’eau, entre les récifs Pacou et Vanou, gisaient des ancres, des canons, des saumons de fer et de plomb, empâtés dans les concrétions calcaires. La chaloupe et la baleinière de l’Astrolabe furent dirigées vers cet endroit, et, non sans de longues fatigues, leurs équipages parvinrent à retirer une ancre pesant dix-huit cents livres, un canon de huit en fonte, un saumon de plomb et deux pierriers de cuivre.
Dumont d’Urville, interrogeant les naturels, apprit aussi que La Pérouse, après avoir perdu ses deux navires sur les récifs de l’île, avait construit un bâtiment plus petit, pour aller se perdre une seconde fois... Où ? On ne savait.
Le commandant de l’Astrolabe fit alors élever, sous une touffe de mangliers, un cénotaphe à la mémoire du célèbre navigateur et de ses compagnons. Ce fut une simple pyramide quadrangulaire, assise sur une base de coraux, et dans laquelle n’entra aucune ferrure qui pût tenter la cupidité des naturels.
Puis, Dumont d’Urville voulut partir ; mais ses équipages étaient minés par les fièvres de ces côtes malsaines, et, très malade lui-même, il ne put appareiller que le 17 mars.
Cependant, le gouvernement français, craignant que Dumont d’Urville ne fût pas au courant des travaux de Dillon, avait envoyé à Vanikoro la corvette la Bayonnaise, commandée par Legoarant de Tromelin, qui était en station sur la côte ouest de l’Amérique. La Bayonnaise mouilla devant Vanikoro, quelques mois après le départ de l’Astrolabe, ne trouva aucun document nouveau, mais constata que les sauvages avaient respecté le mausolée de La Pérouse.
Telle est la substance du récit que je fis au capitaine Nemo.
“Ainsi, me dit-il, on ne sait encore où est allé périr ce troisième navire construit par les naufragés sur l’île de Vanikoro ?
— On ne sait.”
Le capitaine Nemo ne répondit rien, et me fit signe de le suivre au grand salon. Le Nautilus s’enfonça de quelques mètres au-dessous des flots, et les panneaux s’ouvrirent.
Je me précipitai vers la vitre, et sous les empâtements de coraux, revêtus de fongies, de syphonules, d’alcyons, de cariophyllées, à travers des myriades de poissons charmants, des girelles, des glyphisidons, des pomphérides, des diacopes, des holocentres, je reconnus certains débris que les dragues n’avaient pu arracher, des étriers de fer, des ancres, des canons, des boulets, une garniture de cabestan, une étrave, tous objets provenant des navires naufragés et maintenant tapissés de fleurs vivantes.
Et pendant que je regardais ces épaves désolées, le capitaine Nemo me dit d’une voix grave :
“Le commandant La Pérouse partit le 7 décembre 1785 avec ses navires la Boussole et l’Astrolabe. Il mouilla d’abord à Botany-Bay, visita l’archipel des Amis, la Nouvelle-Calédonie, se dirigea vers Santa-Cruz et relâcha à Namouka, l’une des îles du groupe Hapaï. Puis, ses navires arrivèrent sur les récifs inconnus de Vanikoro. La Boussole, qui marchait en avant, s’engagea sur la côte méridionale. L’Astrolabe vint à son secours et s’échoua de même. Le premier navire se détruisit presque immédiatement. Le second, engravé sous le vent, résista quelques jours. Les naturels firent assez bon accueil aux naufragés. Ceux-ci s’installèrent dans l’île, et construisirent un bâtiment plus petit avec les débris des deux grands. Quelques matelots restèrent volontairement à Vanikoro.
Les autres, affaiblis, malades, partirent avec La Pérouse. Ils se dirigèrent vers les îles Salomon, et ils périrent, corps et biens, sur la côte occidentale de l’île principale du groupe, entre les caps Déception et Satisfaction !
— Et comment le savez-vous ? m’écriai-je.
— Voici ce que j’ai trouvé sur le lieu même de ce dernier naufrage !”
Le capitaine Nemo me montra une boîte de ferblanc, estampillée aux armes de France, et toute corrodée par les eaux salines. Il l’ouvrit, et je vis une liasse de papiers jaunis, mais encore lisibles.
C’étaient les instructions même du ministre de la Marine au commandant La Pérouse, annotées en marge de la main de Louis XVI !
“Ah ! c’est une belle mort pour un marin ! dit alors le capitaine Nemo. C’est une tranquille tombe que cette tombe de corail, et fasse le ciel que, mes compagnons et moi, nous n’en ayons jamais d’autre !”
XX
LE DÉTROIT DE TORRÈS
Pendant la nuit du 27 au 28 décembre, le Nautilus abandonna les parages de Vanikoro avec une vitesse excessive. Sa direction était sud-ouest, et, en trois jours, il franchit les sept cent cinquante lieues qui séparent le groupe de La Pérouse de la pointe sud-est de la Papouasie.
Le ler janvier 1863, de grand matin, Conseil me rejoignit sur la plate-forme.
“Monsieur, me dit ce brave garçon, monsieur me permettra-t-il de lui souhaiter une bonne année ?
— Comment donc, Conseil, mais exactement comme si j’étais à Paris, dans mon cabinet du Jardin des Plantes. J’accepte tes voeux et je t’en remercie. Seulement, je te demanderai ce que tu entends par “une bonne année”, dans les circonstances où nous nous trouvons. Est-ce l’année qui amènera la fin de notre emprisonnement, ou l’année qui verra se continuer cet étrange voyage ?
— Ma foi, répondit Conseil, je ne sais trop que dire à monsieur. Il est certain que nous voyons de curieuses choses, et que, depuis deux mois, nous n’avons pas eu le temps de nous ennuyer. La dernière merveille est toujours la plus étonnante, et si cette progression se maintient, je ne sais pas comment cela finira. M’est avis que nous ne retrouverons jamais une occasion semblable.
— Jamais, Conseil.
— En outre, monsieur Nemo, qui justifie bien son nom latin, n’est pas plus gênant que s’il n’existait pas.
— Comme tu le dis, Conseil.
— Je pense donc, n’en déplaise à monsieur, qu’une bonne année serait une année qui nous permettrait de tout voir...
— De tout voir, Conseil ? Ce serait peut-être long. Mais qu’en pense Ned Land ?
— Ned Land pense exactement le contraire de moi, répondit Conseil. C’est un esprit positif et un estomac impérieux. Regarder les poissons et toujours en manger ne lui suffit pas. Le manque de vin, de pain, de viande, cela ne convient guère à un digne Saxon auquel les beefsteaks sont familiers, et que le brandy ou le gin, pris dans une proportion modérée, n’effrayent guère !
— Pour mon compte, Conseil, ce n’est point là ce qui me tourmente, et je m’accommode très bien du régime du bord.
— Moi de même, répondit Conseil. Aussi je pense autant à rester que maître Land à prendre la fuite. Donc, si l’année qui commence n’est pas bonne pour moi, elle le sera pour lui, et réciproquement. De cette façon, il y aura toujours quelqu’un de satisfait. Enfin, pour conclure, je souhaite à monsieur ce qui fera plaisir à monsieur.
— Merci, Conseil. Seulement je te demanderai de remettre à plus tard la question des étrennes, et de les remplacer provisoirement par une bonne poignée de main. Je n’ai que cela sur moi.
— Monsieur n’a jamais été si généreux”, répondit Conseil.
Et là-dessus, le brave garçon s’en alla.
Le 2 janvier, nous avions fait onze mille trois cent quarante milles, soit cinq mille deux cent cinquante lieues, depuis notre point de départ dans les mers du Japon. Devant l’éperon du Nautilus s’étendaient les dangereux parages de la mer de corail, sur la côte nord-est de l’Australie. Notre bateau prolongeait à une distance de quelques milles ce redoutable banc sur lequel les navires de Cook faillirent se perdre, le 10 juin 1770. Le bâtiment que montait Cook donna sur un roc, et s’il ne coula pas, ce fut grâce à cette circonstance que le morceau de corail, détaché au choc, resta engagé dans la coque entr’ouverte.
J’aurais vivement souhaité de visiter ce récif long de trois cent soixante lieues, contre lequel la mer, toujours houleuse, se brisait avec une intensité formidable et comparable aux roulements du tonnerre. Mais en ce moment, les plans inclinés du Nautilus nous entraînaient à une grande profondeur, et je ne pus rien voir de ces hautes murailles coralligènes. Je dus me contenter des divers échantillons de poissons rapportés par nos filets. Je remarquai, entre autres, des germons, espèces de scombres grands comme des thons. aux flancs bleuâtres et rayés de bandes transversales qui disparaissent avec la vie de l’animal. Ces poissons nous accompagnaient par troupes et fournirent à notre table une chair excessivement délicate. On prit aussi un grand nombre de spares vertors, longs d’un demi-décimètre, ayant le goût de la dorade, et des pyrapèdes volants, véritables hirondelles sous-marines, qui, par les nuits obscures, rayent alternativement les airs et les eaux de leurs lueurs phosphorescentes. Parmi les mollusques et les zoophytes, je trouvai dans les mailles du chalut diverses espèces d’alcyoniaires, des oursins, des marteaux, des éperons, des. cadrans, des cérites, des hyalles. La flore était représentée par de belles algues flottantes, des laminaires et des macrocystes, imprégnées du mucilage qui transsudait à travers leurs pores, et parmi lesquelles je recueillis une admirable Nemastoma Geliniaroide, qui fut classée parmi les curiosités naturelles du musée.
Deux jours après avoir traversé la mer de Corail, le 4 janvier, nous eûmes connaissance des côtes de la Papouasie. A cette occasion, le capitaine Nemo m’apprit que son intention était de gagner l’océan Indien par le détroit de Torrès. Sa communication se borna là. Ned vit avec plaisir que cette route le rapprochait des mers européennes.
Ce détroit de Torrès est regardé comme non moins dangereux par les écueils qui le hérissent que par les sauvages habitants qui fréquentent ses côtes. Il sépare de la Nouvelle-Hollande la grande île de la Papouasie, nommée aussi Nouvelle-Guinée.
La Papouasie a quatre cents lieues de long sur cent trente lieues de large, et une superficie de quarante mille lieues géographiques. Elle est située, en latitude, entre 0°l9’ et 10°2’ sud, et en longitude, entre 128°23’ et 146°15’. A midi, pendant que le second prenait la hauteur du soleil, j’aperçus les sommets des monts Arfalxs, élevés par plans et terminés par des pitons aigus.




