The french masters, p.580
The French Masters, page 580
Le père se tourna vers la cadette qui était sur le grabat près de la fenêtre et lui cria d’une voix tonnante :
— Vite ! à bas du lit, fainéante ! tu ne feras donc jamais rien ! Casse un carreau !
La petite se jeta à bas du lit en frissonnant.
— Casse un carreau ! reprit-il.
L’enfant demeura interdite.
— M’entends-tu ? répéta le père, je te dis de casser un carreau !
L’enfant, avec une sorte d’obéissance terrifiée, se dressa sur la pointe du pied, et donna un coup de poing dans un carreau. La vitre se brisa et tomba à grand bruit.
— Bien, dit le père.
Il était grave et brusque. Son regard parcourait rapidement tous les recoins du galetas.
On eût dit un général qui fait les derniers préparatifs au moment où la bataille va commencer.
La mère, qui n’avait pas encore dit un mot, se souleva et demanda d’une voix lente et sourde et dont les paroles semblaient sortir comme figées :
— Chéri, qu’est-ce que tu veux faire ?
— Mets-toi au lit répondit l’homme.
L’intonation n’admettait pas de délibération. La mère obéit et se jeta lourdement sur un des grabats.
Cependant on entendait un sanglot dans un coin.
— Qu’est-ce que c’est ? cria le père.
La fille cadette, sans sortir de l’ombre où elle s’était blottie, montra son poing ensanglanté. En brisant la vitre elle s’était blessée ; elle s’en était allée près du grabat de sa mère, et elle pleurait silencieusement.
Ce fut le tour de la mère de se redresser et de crier :
— Tu vois bien ! les bêtises que tu fais ! en cassant ton carreau, elle s’est coupée !
— Tant mieux ! dit l’homme, c’était prévu.
— Comment ? tant mieux ? reprit la femme.
— Paix ! répliqua le père, je supprime la liberté de la presse.
Puis, déchirant la chemise de femme qu’il avait sur le corps, il fit un lambeau de toile dont il enveloppa vivement le poignet sanglant de la petite.
Cela fait, son œil s’abaissa sur la chemise déchirée avec satisfaction.
— Et la chemise aussi, dit-il. Tout cela a bon air.
Une bise glacée sifflait à la vitre et entrait dans la chambre. La brume du dehors y pénétrait et s’y dilatait comme une ouate blanchâtre vaguement démêlée par des doigts invisibles. À travers le carreau cassé, on voyait tomber la neige. Le froid promis la veille par le soleil de la Chandeleur était en effet venu.
Le père promena un coup d’œil autour de lui comme pour s’assurer qu’il n’avait rien oublié. Il prit une vieille pelle et répandit de la cendre sur les tisons mouillés de façon à les cacher complètement.
Puis se relevant et s’adossant à la cheminée :
— Maintenant, dit-il, nous pouvons recevoir le philanthrope.
Chapitre VIII
Le rayon dans le bouge
La grande fille s’approcha et posa sa main sur celle de son père.
— Tâte comme j’ai froid, dit-elle.
— Bah ! répondit le père, j’ai bien plus froid que cela.
La mère cria impétueusement :
— Tu as toujours tout mieux que les autres, toi ! même le mal.
— À bas ! dit l’homme.
La mère, regardée d’une certaine façon, se tut.
Il y eut dans le bouge un moment de silence. La fille aînée décrottait d’un air insouciant le bas de sa mante, la jeune sœur continuait de sangloter ; la mère lui avait pris la tête dans ses deux mains et la couvrait de baisers en lui disant tout bas :
— Mon trésor, je t’en prie, ce ne sera rien, ne pleure pas, tu vas fâcher ton père.
— Non ! cria le père, au contraire ! sanglote ! sanglote ! cela fait bien.
Puis, revenant à l’aînée :
— Ah çà, mais ! il n’arrive pas ! S’il allait ne pas venir ! j’aurais éteint mon feu, défoncé ma chaise, déchiré ma chemise et cassé mon carreau pour rien !
— Et blessé la petite ! murmura la mère.
— Savez-vous, reprit le père, qu’il fait un froid de chien dans ce galetas du diable ? Si cet homme ne venait pas ! Oh ! voilà ! il se fait attendre ! il se dit : Eh bien ! ils m’attendront ! ils sont là pour cela ! — Oh ! je les hais, et comme je les étranglerais avec jubilation, joie, enthousiasme et satisfaction, ces riches ! tous ces riches ! ces prétendus hommes charitables, qui font les conflits, qui vont à la messe, qui donnent dans la prêtraille, prêchi, prêcha, dans les calottes, et qui se croient au-dessus de nous, et qui viennent nous humilier, et nous apporter des vêtements ! comme ils disent ! des nippes qui ne valent pas quatre sous, et du pain ! Ce n’est pas cela que je veux, tas de canailles ! c’est de l’argent ! Ah ! de l’argent ! jamais ! parce qu’ils disent que nous l’irions boire, et que nous sommes des ivrognes et des fainéants ! et eux ! qu’est-ce qu’ils sont donc, et qu’est-ce qu’ils ont été dans leur temps ? des voleurs ! ils ne se seraient pas enrichis sans cela ! Oh ! l’on devrait prendre la société par les quatre coins de la nappe et tout jeter en l’air ! tout se casserait, c’est possible, mais au moins personne n’aurait rien, ce serait cela de gagné ! — Mais qu’est-ce qu’il fait donc, ton mufle de monsieur bienfaisant ? viendra-t-il ! L’animal a peut-être oublié l’adresse ! Gageons que cette vieille bête....
En ce moment on frappa un léger coup à la porte ; l’homme s’y précipita et l’ouvrit en s’écriant avec des salutations profondes et des sourires d’adoration :
— Entrez, monsieur ! daignez entrer, mon respectable bienfaiteur, ainsi que votre charmante demoiselle.
Un homme d’un âge mûr et une jeune fille parurent sur le seuil du galetas.
Marius n’avait pas quitté sa place. Ce qu’il éprouva en ce moment échappe à la langue humaine.
C’était Elle.
Quiconque a aimé sait tous les sens rayonnants que contiennent les quatre lettres de ce mot : Elle.
C’était bien elle. C’est à peine si Marius la distinguait à travers la vapeur lumineuse qui s’était subitement répandue sur ses yeux. C’était ce doux être absent, cet astre qui lui avait lui pendant six mois, c’était cette prunelle, ce front, cette bouche, ce beau visage évanoui qui avait fait la nuit en s’en allant. La vision s’était éclipsée, elle reparaissait !
Elle reparaissait dans cette ombre, dans ce galetas, dans ce bouge difforme, dans cette horreur !
Marius frémissait éperdument. Quoi ! c’était elle ! les palpitations de son cœur lui troublaient la vue. Il se sentait prêt à fondre en larmes. Quoi ! il la revoyait enfin après l’avoir cherchée si longtemps ! il lui semblait qu’il avait perdu son âme et qu’il venait de la retrouver.
Elle était toujours la même, un peu pâle seulement ; sa délicate figure s’encadrait dans un chapeau de velours violet, sa taille se dérobait sous une pelisse de satin noir. On entrevoyait sous sa longue robe son petit pied serré dans un brodequin de soie.
Elle était toujours accompagnée de M. Leblanc.
Elle avait fait quelques pas dans la chambre et avait déposé un assez gros paquet sur la table.
La Jondrette aînée s’était retirée derrière la porte et regardait d’un œil sombre ce chapeau de velours, cette mante de soie, et ce charmant visage heureux.
Chapitre IX
Jondrette pleure presque
Le taudis était tellement obscur que les gens qui venaient du dehors éprouvaient en y pénétrant un effet d’entrée de cave. Les deux nouveaux venus avancèrent donc avec une certaine hésitation, distinguant à peine des formes vagues autour d’eux, tandis qu’ils étaient parfaitement vus et examinés par les yeux des habitants du galetas, accoutumés à ce crépuscule.
M. Leblanc s’approcha avec son regard bon et triste, et dit au père Jondrette :
— Monsieur, vous trouverez dans ce paquet des hardes neuves, des bas et des couvertures de laine.
— Notre angélique bienfaiteur nous comble, dit Jondrette en s’inclinant jusqu’à terre. — Puis, se penchant à l’oreille de sa fille aînée, pendant que les deux visiteurs examinaient cet intérieur lamentable, il ajouta bas et rapidement :
— Hein ? qu’est-ce que je disais ? des nippes ! pas d’argent. Ils sont tous les mêmes ! À propos, comment la lettre à cette vieille ganache était-elle signée ?
— Fabantou, répondit la fille.
— L’artiste dramatique, bon !
Bien en prit à Jondrette, car en ce moment-là même M. Leblanc se retournait vers lui, et lui disait de cet air de quelqu’un qui cherche le nom :
— Je vois que vous êtes bien à plaindre, monsieur....
— Fabantou, répondit vivement Jondrette.
— Monsieur Fabantou, oui, c’est cela, je me rappelle.
— Artiste dramatique, monsieur, et qui a eu des succès.
Ici Jondrette crut évidemment le moment venu de s’emparer du « philanthrope ». Il s’écria avec un son de voix qui tenait tout à la fois de la gloriole du bateleur dans les foires et de l’humilité du mendiant sur les grandes routes :
— Élève de Talma, monsieur ! je suis élève de Talma ! La fortune m’a souri jadis. Hélas ! maintenant c’est le tour du malheur. Voyez, mon bienfaiteur, pas de pain, pas de feu. Mes pauvres mômes n’ont pas de feu ! Mon unique chaise dépaillée ! Un carreau cassé ! par le temps qu’il fait ! Mon épouse au lit ! malade !
— Pauvre femme ! dit M. Leblanc.
— Mon enfant blessée ! ajouta Jondrette.
L’enfant, distraite par l’arrivée des étrangers, s’était mise à contempler « la demoiselle », et avait cessé de sangloter.
— Pleure donc ! braille donc ! lui dit Jondrette bas.
En même temps il lui pinça sa main malade. Tout cela avec un talent d’escamoteur.
La petite jeta les hauts cris.
L’adorable jeune fille que Marius nommait dans son cœur « son Ursule » s’approcha vivement :
— Pauvre chère enfant ! dit-elle.
— Voyez, ma belle demoiselle, poursuivit Jondrette, son poignet ensanglanté ! C’est un accident qui est arrivé en travaillant sous une mécanique pour gagner six sous par jour. On sera peut-être obligé de lui couper le bras !
— Vraiment ? dit le vieux monsieur alarmé.
La petite fille, prenant cette parole au sérieux, se remit à sangloter de plus belle.
— Hélas, oui, mon bienfaiteur ! répondit le père.
Depuis quelques instants, Jondrette considérait, « le philanthrope » d’une manière bizarre. Tout en parlant, il semblait le scruter avec attention comme s’il cherchait à recueillir des souvenirs. Tout à coup, profitant d’un moment où les nouveaux venus questionnaient avec intérêt la petite sur sa main blessée, il passa près de sa femme qui était dans son lit avec un air accablé et stupide, et lui dit vivement et très bas :
— Regarde donc cet homme-là !
Puis se retournant vers M. Leblanc, et continuant sa lamentation :
— Voyez, monsieur ! je n’ai, moi, pour tout vêtement qu’une chemise de ma femme ! et toute déchirée ! au cœur de l’hiver. Je ne puis sortir faute d’un habit. Si j’avais le moindre habit, j’irais voir mademoiselle Mars qui me connaît et qui m’aime beaucoup. Ne demeure-t-elle pas toujours rue de la Tour-des-Dames ? Savez-vous, monsieur ? nous avons joué ensemble en province. J’ai partagé ses lauriers. Célimène viendrait à mon secours, monsieur ! Elmire ferait l’aumône à Bélisaire ! Mais non, rien ! Et pas un sou dans la maison ! Ma femme malade, pas un sou ! Ma fille dangereusement blessée, pas un sou ! Mon épouse a des étouffements. C’est son âge, et puis le système nerveux s’en est mêlé. Il lui faudrait des secours, et à ma fille aussi ! Mais le médecin ! mais le pharmacien ! comment payer ? pas un liard ! Je m’agenouillerais devant un décime, monsieur ! Voilà où les arts en sont réduits ! Et savez-vous, ma charmante demoiselle, et vous, mon généreux protecteur, savez-vous, vous qui respirez la vertu et la bonté, et qui parfumez cette église où ma pauvre fille en venant faire sa prière vous aperçoit tous les jours ?... Car j’élève mes filles dans la religion, monsieur. Je n’ai pas voulu qu’elles prissent le théâtre. Ah ! les drôlesses ; que je les voie broncher ! Je ne badine pas, moi ! Je leur flanque des bouzins sur l’honneur, sur la morale, sur la vertu ! Demandez-leur. Il faut que ça marche droit. Elles ont un père. Ce ne sont pas de ces malheureuses qui commencent par n’avoir pas de famille et qui finissent par épouser le public. On est mamselle Personne, on devient madame Tout-le-Monde. Crebleur ! pas de ça dans la famille Fabantou ! J’entends les éduquer vertueusement, et que ça soit honnête, et que ça soit gentil, et que ça croie en Dieu ! sacré nom ! — Eh bien, monsieur, mon digne monsieur, savez-vous ce qui va se passer demain ? Demain, c’est le 4 février, le jour fatal, le dernier délai que m’a donné mon propriétaire ; si ce soir je ne l’ai pas payé, demain ma fille aînée, moi, mon épouse avec sa fièvre, mon enfant avec sa blessure, nous serons tous quatre chassés d’ici, et jetés dehors, dans la rue, sur le boulevard, sans abri, sous la pluie, sur la neige. Voilà, monsieur. Je dois quatre termes, une année ! c’est-à-dire une soixantaine de francs.
Jondrette mentait. Quatre termes n’eussent fait que quarante francs, et il n’en pouvait devoir quatre, puisqu’il n’y avait pas six mois que Marius en avait payé deux.
M. Leblanc tira cinq francs de sa poche et les posa sur la table.
Jondrette eut le temps de grommeler à l’oreille de sa grande fille :
— Gredin ! que veut-il que je fasse avec ses cinq francs ? Cela ne me paye pas ma chaise et mon carreau ! Faites donc des frais !
Cependant, M. Leblanc avait quitté une grande redingote brune qu’il portait par-dessus sa redingote bleue et l’avait jetée sur le dos de la chaise.
— Monsieur Fabantou, dit-il, je n’ai plus que ces cinq francs sur moi, mais je vais reconduire ma fille à la maison et je reviendrai ce soir ; n’est-ce pas ce soir que vous devez payer ?...
Le visage de Jondrette s’éclaira d’une expression étrange.
Il répondit vivement :
— Oui, mon respectable monsieur. À huit heures je dois être chez mon propriétaire.
— Je serai ici à six heures, et je vous apporterai les soixante francs.
— Mon bienfaiteur ! cria Jondrette éperdu.
Et il ajouta tout bas :
— Regarde-le bien, ma femme !
M. Leblanc avait repris le bras de la belle jeune fille et se tournait vers la porte :
— À ce soir, mes amis, dit-il.
— Six heures ? fit Jondrette.
— Six heures précises.
En ce moment le par-dessus resté sur la chaise frappa les yeux de la Jondrette aînée.
— Monsieur, dit-elle, vous oubliez votre redingote.
Jondrette dirigea vers sa fille un regard foudroyant accompagné d’un haussement d’épaules formidable.
M. Leblanc se retourna et répondit avec un sourire :
— Je ne l’oublie pas, je la laisse.
— Ô mon protecteur, dit Jondrette, mon auguste bienfaiteur, je fonds en larmes ! Souffrez que je vous reconduise jusqu’à votre fiacre.
— Si vous sortez, repartit M. Leblanc, mettez ce par-dessus. Il fait vraiment très froid.
Jondrette ne se le fit pas dire deux fois. Il endossa vivement la redingote brune.
Et ils sortirent tous les trois, Jondrette précédant les deux étrangers.
Chapitre X
Tarif des cabriolets de régie : deux francs l’heure
Marius n’avait rien perdu de toute cette scène, et pourtant en réalité il n’en avait rien vu. Ses yeux étaient restés fixés sur la jeune fille, son cœur l’avait pour ainsi dire saisie et enveloppée tout entière dès son premier pas dans le galetas. Pendant tout le temps qu’elle avait été là, il avait vécu de cette vie de l’extase qui suspend les perceptions matérielles et précipite toute l’âme sur un seul point. Il contemplait, non pas cette fille, mais cette lumière qui avait une pelisse de satin et un chapeau de velours. L’étoile Sirius fût entrée dans la chambre qu’il n’eût pas été plus ébloui.
Tandis que la jeune fille ouvrait le paquet, dépliait les hardes et les couvertures, questionnait la mère malade avec bonté et la petite blessée avec attendrissement, il épiait tous ses mouvements, il tâchait d’écouter ses paroles. Il connaissait ses yeux, son front, sa beauté, sa taille, sa démarche, il ne connaissait pas le son de sa voix. Il avait cru en saisir quelques mots une fois au Luxembourg, mais il n’en était pas absolument sûr. Il eût donné dix ans de sa vie pour l’entendre, pour pouvoir emporter dans son âme un peu de cette musique. Mais tout se perdait dans les étalages lamentables et les éclats de trompette de Jondrette. Cela mêlait une vraie colère au ravissement de Marius. Il la couvait des yeux. Il ne pouvait s’imaginer que ce fût vraiment cette créature divine qu’il apercevait au milieu de ces êtres immondes dans ce taudis monstrueux. Il lui semblait voir un colibri parmi des crapauds.
Quand elle sortit, il n’eut qu’une pensée, la suivre, s’attacher à sa trace, ne la quitter que sachant où elle demeurait, ne pas la reperdre au moins après l’avoir si miraculeusement retrouvée ! Il sauta à bas de la commode et prit son chapeau. Comme il mettait la main au pêne de la serrure et allait sortir, une réflexion l’arrêta. Le corridor était long, l’escalier roide, le Jondrette bavard, M. Leblanc n’était sans doute pas encore remonté en voiture ; si, en se retournant dans le corridor, ou dans l’escalier, ou sur le seuil, il l’apercevait lui, Marius, dans cette maison, évidemment il s’alarmerait et trouverait moyen de lui échapper de nouveau, et ce serait encore une fois fini. Que faire ? Attendre un peu ? mais pendant cette attente, la voiture pouvait partir. Marius était perplexe. Enfin il se risqua, et sortit de sa chambre.
Il n’y avait plus personne dans le corridor. Il courut à l’escalier. Il n’y avait personne dans l’escalier. Il descendit en hâte, et il arriva sur le boulevard à temps pour voir un fiacre tourner le coin de la rue du Petit-Banquier et rentrer dans Paris.
Marius se précipita dans cette direction. Parvenu à l’angle du boulevard, il revit le fiacre qui descendait rapidement la rue Mouffetard ; le fiacre était déjà très loin, aucun moyen de le rejoindre ; quoi ? courir après ? impossible ; et d’ailleurs de la voiture on remarquerait certainement un individu courant à toutes jambes à la poursuite du fiacre, et le père le reconnaîtrait. En ce moment, hasard inouï et merveilleux, Marius aperçut un cabriolet de régie qui passait à vide sur le boulevard. Il n’y avait qu’un parti à prendre, monter dans ce cabriolet, et suivre le fiacre. Cela était sûr, efficace et sans danger.




